Chronique transports

Pilote de ligne, haut les cœurs

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Des avions des compagnies aériennes Iberia et Air Europa,  garés sur le tarmac de l'aéroport Adolfo Suárez Madrid-Barajas, en Espagne. Décembre 2020.
Des avions des compagnies aériennes Iberia et Air Europa, garés sur le tarmac de l'aéroport Adolfo Suárez Madrid-Barajas, en Espagne. Décembre 2020. © REUTERS - SUSANA VERA

Jamais ils n'auraient pensé être au chômage. Un an et demi de Covid-19 et les voilà au repos forcé. 18 000 pilotes de ligne en Europe ont été licenciés ou sont en passe de l'être. La profession n'a pas le moral. D'autant qu'un retour à la normale du trafic aérien n'est pas attendu avant 2024. Alors s'engager dans le métier de pilote de ligne, à quoi bon ?

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Où retrouve-t-on aujourd’hui ce jeune pilote de ligne australien, salarié de Qantas, la plus prestigieuse compagnie australienne ? Dans le supermarché du coin. Employé à mi-temps, le soir il cumule avec des heures de surveillance sur un chantier.

En pleine pandémie, cet autre pilote américain s’est converti en chauffeur routier. Il ne perd pas son humour, piloter pour piloter, dit-il, autant que ce soit un poids lourd !

300 euros par mois, l’indemnité de la compagnie Buzz (Ryanair)

Le chômage touche d’abord les jeunes recrues. Cette crise du secteur aérien suite à la fermeture des frontières fait surtout des dégâts auprès du personnel de compagnies à bas coût et surtout à l’étranger.

Car en France, le gouvernement a instauré le chômage partiel. Olivier Rigazio, porte-parole du Syndicat National des Pilotes de Ligne et pilote lui-même, s’estime chanceux. « Je continue de m’exercer en condition réelle régulièrement, explique-t-il. Pour Air France, je traverse encore régulièrement l’Atlantique avec des appareils dédiés non plus aux passagers mais aux transports de marchandises. La France a limité la casse. Nos salaires ont baissé de 25 à 30 %. Ailleurs en Europe, c’est catastrophique. En moyenne, les fiches de paie sont amputées de 80 %. Un autre de mes amis pilotes m’expliquait qu’il n’a plus que 300 euros par mois pour faire vivre sa famille. »

En 2019, tourisme et voyages d’affaires florissants, on manquait de pilotes bien rôdés. Qu’il est loin ce monde d’avant où cette pénurie poussait les recruteurs à débaucher des pilotes de l’armée.

Il faut 5 ans pour former un bon pilote de ligne. Les jeunes qui entrent en école ne piloteront de gros appareils qu’en 2025, 2026. Pour ceux qui étaient juste en fin de cycle de formation, cette crise de l’aviation a été un drame. Ils ne sont plus prioritaires malgré les promesses d’embauche et sont peut-être déjà trop anciens pour bénéficier des derniers changements technologiques.

Baisse des candidatures à l’École Nationale de Pilotes

Philippe Joachim, directeur adjoint de l’École Nationale de l’Aviation Civile, reconnaît une baisse des demandes. Pour autant, il n’est pas inquiet. Bien avant la crise, la demande du public pour des avions plus respectueux du climat avait déjà fait changer les habitudes. L’aviation telle qu’elle existe aujourd’hui ne sera plus jamais d’actualité.

D’après lui, ce sont les nouveaux appareils qui vont redonner l’envie aux jeunes de piloter : « C’est vrai que cette crise du Covid-19 n’encouragera pas les compagnies à recruter cette année. Ici à l’ENAC [École Nationale de l’Aviation Civile], ajoute-t-il, nous formons les pilotes de la Royal Air Maroc et cette année, les demandes ont fortement chuté. Mais en Asie du Sud-Est, elles resteront importantes. L’avenir est positif, les nouveaux appareils Airbus seront dotés de moteurs et de procédures de vols différentes. Il y a un bel avenir pour nos ingénieurs et nos pilotes. »

L’angoisse perdure

Interrogés pour Global flight, un institut d’études aéronautiques, 82 % des pilotes dans le monde, des pilotes non pas débutants mais déjà bien expérimentés déclarent leur peur de perdre leur poste ces prochains mois. C’est pour contrer leurs angoisses que certaines grandes compagnies ont ouvert des cellules psychologiques. En somme, entretenir leur l’agilité mentale aussi bien que leur souplesse technique.

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