Chronique transports

Les fleurs voyageuses

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Un souffle d'espoir s'étend ce printemps chez les grossistes fleuristes d'Afrique et d'Amérique latine (Photo d'illustration).
Un souffle d'espoir s'étend ce printemps chez les grossistes fleuristes d'Afrique et d'Amérique latine (Photo d'illustration). © RFI/Florent Guignard

Ouf ! Le pire est derrière nous ! Un souffle d'espoir s'étend ce printemps chez les grossistes fleuristes d'Afrique et d'Amérique latine. Après une année de cauchemar où ils ont dû détruire leurs stocks, les exportateurs de fleurs fraîches voient la crise du Covid-19 s'éloigner. Réouverture des frontières, reprise du trafic aérien, le marché refleurit. Mais à quel prix ? Derrière ce sursaut d'enthousiasme se cache la réalité. Un transport plus cher et des clients en demande de fleurs de chez eux !

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Ils en ont tous encore la chair de poule ! Payer le double pour les billets d’avion, voire parfois le triple. Qu’ils soient néerlandais, indiens, kényans, éthiopiens, chinois ou sud-américains, tous les producteurs de fleurs fraîches reprennent du service. Mais le cœur serré. Sur le peu de vols disponibles, la concurrence est acharnée. Et ce sont les plus gros qui s’en sortent le mieux.

Fleurs coupées dans les soutes à bagages

Leurs fleurs voyageant essentiellement sur les vols de passagers (et non de marchandises classiques) le coût du transport, en tout cas, tant que le trafic aérien n’aura pas repris, restera beaucoup plus cher. Trop cher. De 1,90 dollar le kilo, il est passé à 3 dollars le kilo sur des vols entre l’Éthiopie ou le Kenya vers l’Europe où les africains exportent près du tiers de leur production.

Des millions de roses détruites en compost

En plus, l’idée même de revivre le printemps comme l’an passé, à détruire des millions de roses fraîches, partie en 2020 dans un énorme compost... Non, ça pas question ! Si les grosses entreprises peuvent se le permettre, les plus petites fermes florales, elles, vont continuer à souffrir. Plus qu’aucune crise mondiale, celle du Covid va transformer le marché.

Des fleurs comme du prêt-à-porter

Les vêtements et les fleurs fraîches, c’est du pareil au même ! Selon les années, les goûts et les couleurs changent. Des modes qui peuvent changer rapidement. Juste un exemple, l'œillet disparu des bourses aux fleurs retrouve l’intérêt du public. Réactivité, adaptation sont les qualités d’un bon producteur exportateur.

Les fleurs, des divas pas comme les autres

Attention fragiles ! À la différence de bien d’autres marchandises, le transport de fleurs coupées est un transport difficile. Halte aux courants d’air ! Les tiges comme les pétales exigent de la délicatesse dans les manipulations. L’entreposage en soute, surtout lorsqu’il ne reste pas beaucoup de place, nécessite des emballages et des positions spécifiques. Quant aux possibles bactéries et virus, là encore, les procédures sont connues et les contrôles douaniers très respectés.

Par bateau, les belles endormies

Désormais, pour faire baisser les coûts, les exportateurs vont avoir recours au transport maritime. Certes, le voyage est plus lent, mais nettement moins cher. Cependant, pour Sylvie Mamias, Secrétaire générale de l'Association Internationale du Commerce de Fleurs, la mer est seulement une alternative, pas une solution.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, oui, dit-elle, il est possible aujourd’hui d’endormir les végétaux pour les faire traverser les océans jusqu’à trois semaines de voyage. Les techniques de conservation (froid ou nouveaux matériaux enveloppants) permettent de sauvegarder la qualité végétale. La Colombie est sans doute le pays qui a le plus développé ce sommeil programmé. Néanmoins, pour des fleurs très fragiles comme les roses, ça ne fonctionne pas. Cela n’empêche, pour la protection du climat et la réduction des coûts, c’est une perspective.

« Nous allons donner envie des fleurs coupées au public africain» Clément Tuzely, directeur du Conseil Kényan des Producteurs de Fleurs. Avril 2021

En Europe, les Pays-Bas reste le pays phare des tulipes et fleurs coupées. Ailleurs dans le monde, l’Inde et la Chine produisent aussi des fleurs. Mais ce sont surtout l’Amérique latine (Équateur, Colombie) et l’Afrique (Éthiopie et Kenya) qui restent des régions importantes de production et d'exportation internationale.

1% du PIB de l’économie kényane

Alors cette crise ? Pour Clément Tuzely, directeur le Conseil National des Producteurs de fleurs fraîches au Kenya, elle est loin d'être terminée. Entre deux réunions et des appels téléphoniques sans discontinuer, l’homme d’affaires nous livre son avis sur la réouverture des frontières et la reprise progressive du trafic aérien :

« Je dirai que grâce à l’aide du gouvernement, explique-t-il, nous essayons de sauver le marché. La crise est loin d’être finie ! L’enjeu est de faire baisser les prix sur les avions disponibles. Cette pandémie nous a fait prendre conscience de notre grande fragilité. Elle m’a poussé à prendre des décisions. Il nous faudra désormais rester internationaux en développant un marché plus local. Donner le goût des fleurs coupées au consommateur Africain. Le secteur en Afrique est encore inexistant. »

Le client en demande d’éco-transport

Près d’un demi-million de personnes travaillent dans la production de fleurs au Kenya. Le pays va désormais miser sur le transport par bateau. L’avantage économique n’est pas la seule raison. Les consommateurs, notamment en Europe, sont aujourd’hui prêts à payer des fleurs un peu plus chères si le transport est moins polluant que l’avion.

Le slow flower

Dans la continuité de ce nouveau souci écologique, le mouvement Slow Flowers (commerce de fleurs plus lent et écologique) est né en Europe. Dans le sillage du Slow Food (nourriture plus respectueuse du climat) le Slow Flowers est d’autant plus encouragé par cette épidémie mondiale. Ses partisans militent pour des fermes florales plus proches avec des produits agricoles bien définis.

Peut-être la fausse bonne idée

Mais l'équation n'est pas aussi simple qu’en apparence. Produire des tulipes aux Pays-Bas polluerait même en réalité plus qu’exporter d’Afrique ! Notamment avec l’habitude des producteurs européens de multiplier les allers-retours de leurs marchandises entre usines pour des traitements sanitaires. Autre raison, somme toute assez logique : en Europe il gèle et le soleil est moins présent qu’en Afrique. Dans les serres à roses d’Éthiopie et du Kenya, il n’y a pas besoin de lampes chauffantes.

L’occasion de bien meilleurs voyages

Là encore, à l’avenir, les études vont se contredire. Mais elles auront ce mérite de faire émerger de nouvelles techniques et de nouveaux talents pour prévenir les nouvelles crises. La publicité nous le demande : Dites-le avec des fleurs ! Il y a fort à parier que les prochains printemps, Saint-Valentin ou Fête des mères, offriront de bien meilleurs transports !

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