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Européen de la semaine

Marina Udgodskaïa, de femme de ménage à maire

Audio 03:44
Le drapeau russe flotte au dessus du Kremlin, le 6 décembre 2020.
Le drapeau russe flotte au dessus du Kremlin, le 6 décembre 2020. © Mikhail Tereshchenko / TASS via Getty Images
Par : Sophia Khatsenkova
8 mn

En Russie, une femme de ménage est devenue maire de sa commune,  sans même le vouloir. C'est l'histoire incroyable de Marina Udgodskaïa, notre Européenne de la semaine.

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« Je suis un peu inquiète. C’est étrange, je n’arrive toujours pas à croire que c’est moi la maire. » Dans sa première interview à la presse russe, Marina Udgodskaïa est visiblement gênée. Son regard fuit les caméras. Elle répond timidement à chaque question que lui pose la foule de journalistes. La jeune femme de 35 ans aurait préféré vivre une vie tranquille, s'occupant de son mari et de ses deux enfants, ainsi que de ses poules et de ses vaches. Il y a encore quelques mois, cette femme de ménage n'avait pas pour ambition de diriger le village de Povalikhino, situé à 500 kilomètres de Moscou, ainsi que les 29 bourgades alentour. Mais le destin et les quelque 500 habitants de Povalikhino en ont décidé autrement.

En septembre dernier, Nikolai Loktev, le maire sortant et candidat du parti de Poutine, Russie Unie, se retrouve sans opposant à l'élection municipale. Désespéré, il décide de trouver un candidat « technique », une pratique assez répandue en Russie, pour permettre la tenue du scrutin et le rendre plus crédible. Il arrive à convaincre Marina Udgodskaïa, qui nettoyait depuis quatre ans la mairie, de jouer le jeu. Elle se présente sous l'étiquette du parti des retraités, dont elle est sympathisante. Et surprise ! Elle remporte le scrutin grâce à un vote de protestation contre le maire sortant, méprisant aux yeux des villageois. Valeriy Gromov, président régional du parti des retraités, pense que Marina Udgodskaïa a toutes ses chances de réussir malgré ses lacunes en politique. « C’est une personne qui a toujours beaucoup travaillé, déclare-t-il. Elle est capable de travailler dans n’importe quel secteur. Le plus important, c’est de lui dire ce qu’elle doit faire. Elle a dit qu’elle allait essayer de remplir sa fonction pendant un an et de montrer à tout le monde qu’elle n’a pas été élue en vain. »

« Cendrillon russe »

À l'annonce de sa victoire, Marina Udgodskaïa a pensé ne pas accepter le mandat. Mais la loi est stricte : refuser le mandat l’aurait obligée à financer elle-même de nouvelles élections. Son histoire devient une obsession dans la presse locale et même internationale. Certains la surnomment la « Cendrillon russe », mais pour d'autres, c'est la risée du pays.

Pour Fedor Krasheninnikov, spécialiste de la politique russe, cette histoire teintée d'ironie est une lueur d'espoir pour la démocratie dans le pays. « On voit que des habitants d’un petit village étaient assez politiquement engagés pour s’unir, et régler leurs problèmes locaux en votant, analyse-t-il. Ça montre que la démocratie pourrait fonctionner en Russie, si seulement elle n’était pas écrasée par les pouvoirs dominants. »

Mais selon Valeriy Gromov, l'élection de Marina Udgodskaïa n'est pas une révolte contre le pouvoir en place, comme l'assurent certains médias. « Quand les journalistes lui demandent ce qu’elle pense du parti de Poutine ou du Parti communiste, elle répond "je ne pense rien car je ne les connais pas" », rappelle-t-il.

Marina Udgodskaïa a depuis cessé de répondre au téléphone, agacée par la présence des médias. « Ils sont obsédés par le fait que je suis une femme de ménage. Mais une femme de ménage n'est-elle pas un être humain comme tout le monde ? », raconte-t-elle à un journaliste de Radio Free Liberty.

Contactée par RFI, sans grande surprise, elle a refusé l'interview. Mais elle a déclaré que tout se passait bien et que grâce à l'aide des habitants et de ses trois conseillers envoyés par son parti, elle arrivait à s'en sortir.

Même si Fedor Krasheninnikov doute que l'histoire aura un impact sur les élections législatives de 2021, il n'exclut pas l'influence que pourraient avoir les médias sur l'opinion publique. Selon lui, « peut-être qu’il y aura d’autres cas similaires qui montrent l’utilité du vote intelligent, ça pourrait en convaincre certains de voter pour d’autres candidats que ceux qui sont en place. Regardez, les Biélorusses ont voté pour une femme au foyer, Svetlana Tikhanovskaïa, et au final ce n’était pas en vain ! »

Une nouvelle candidate technique qui a remporté l'élection municipale dans la région d'Omsk. Cette gardienne d'école a battu le maire sortant, un candidat du parti de Valdimir Poutine, Russie unie.

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