Européen de la semaine

Philippe Léglise-Costa, en première ligne pour la présidence française de Union européenne

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Philippe Léglise-Costa.
Philippe Léglise-Costa. © AFP/Bertrand Langlois

Il est l’un des piliers de la présidence française du Conseil de l’Union européenne que la France exerce depuis le 1er janvier pour six mois : Philippe Léglise-Costa est, depuis quatre ans, le représentant permanent de la France auprès de l'UE. Voix de la France à Bruxelles, il parle et négocie, en son nom, auprès les 27, de la Commission et du Parlement européen. À la fois très technique et très politique, le diplomate est un très fin connaisseur des arcanes de l’UE.

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« Un travail d’explication, de conviction, de négociation » : c’est en ces termes que le tout nouvel ambassadeur de France auprès des institutions européennes à Bruxelles parlait de sa fonction sur France Télévision, fin 2017.

Ses talents de négociateur, Philippe Léglise-Costa les a déployés, bien avant d’être nommé à l’un des postes les plus éminents de la diplomatie française, notamment au moment où le pays présidait le Conseil de l’Union européenne, en 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. En tant que numéro deux de la Représentation permanente de la France auprès de l’UE, Philippe Léglise-Costa eut à diriger la plus longue réunion du Comité des représentants permanents adjoints (Coreper 1) de l’histoire : 22 heures.

« À l’époque, beaucoup de ministres et de ministres d’autres pays se souviennent l’avoir vu travailler nuit et jour pour obtenir un accord sur le “Pack énergie climat” », raconte Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques Delors. « De par sa longue expérience européenne, il est très au fait des dossiers. En plus d’être très pointu, il a un regard à la fois panoramique, mais aussi sur la durée et connaît les dossiers dans toute leur genèse ».  

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Un parcours atypique

Âgé de 55 ans, Philippe Léglise-Costa connaît les arcanes de l’Union européenne par cœur. Dès son début de carrière, il baigne dans les hautes sphères du pouvoir, auprès d’Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, ou de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’État aux Affaires européennes, dont il a été directeur de cabinet.

Pour un diplomate, l’actuel ambassadeur de la France auprès de l’UE, affiche un parcours quelque peu atypique. Il n’est passé ni par Sciences Po, ni par l’ENA, mais par l’École Polytechnique et les Ponts et Chaussées. Sa formation d’ingénieur peut constituer un atout pour réaliser les tâches qui lui incombent : « Les dossiers européens sont des dossiers à fort degré de technicité, avec toute une série de normes de standards, note Sébastien Maillard. Or, avoir une culture scientifique est aussi très utile pour bien comprendre sur le fond, ce qu’on négocie ».

Michel Mangenot, directeur de l’Institut d’études européennes de l’Université Paris VIII et auteur de l’ouvrage Qui gouverne l’Union européenne ?, rappelle que son intégration au corps diplomatique s’est faite en 2001, par un ancien représentant permanent « qui l’avait un peu pris sous son aile », Pierre de Boissieu, « une légende à Bruxelles ». Ce dernier est le négociateur français pour le traité de Maastricht, conclu en décembre 1991 et sera représentant permanent à Bruxelles entre 1993 et 1999.

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Devenu conseiller Europe de François Hollande en 2012, Philippe Léglise-Costa « accumule beaucoup de compétences et de pouvoir », souligne Michel Mangenot. Car en plus d’être sherpa du président de la République, il est aussi secrétaire général des Affaires européennes (SGAE), sous l’autorité du Premier ministre. Cette concentration des fonctions en agace plus d’un et il finit par abandonner son rôle de sherpa du président de la République en décembre 2014.

« Dans la réalité, il a toujours continué à préparer le Conseil européen avec le chef de l’État », raconte Michel Mangenot. S’il n’apparaît plus dans l’organigramme du cabinet du président de la République, « il n’a pas vraiment été remplacé ». À l’époque, la conseillère économique de l’Élysée, Laurence Boone est nommée sherpa, reprenant « les affaires économiques, financières, multilatérales et européennes ». « C’était une façon de dire qu’il n’était pas remplacé totalement », analyse Michel Mangenot.

Un « incontournable des affaires européennes »

L’élection d’Emmanuel Macron change quelque peu la donne pour Philippe Léglise-Costa. Les deux hommes se sont opposés, lorsqu’ils étaient en poste à l’Élysée sous François Hollande, même si le diplomate le dément régulièrement. « Ce ne sont pas des proches. L’équipe réduite du président de la République pour les affaires européennes, c’est Clément Beaune, qui était son conseiller Europe avant même la campagne, lorsqu’il était à Bercy », raconte Michel Mangenot. Il n’y a « pas de relation de confiance étroite entre lui et le président », souligne Sébastien Maillard, « le vrai homme de confiance pour l’Europe, celui qui pèse sur les décisions, c’est Clément Beaune », l’actuel secrétaire d’État chargé des questions européennes.

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Emmanuel Macron décide toutefois de nommer Philippe Léglise-Costa à la représentation permanente de la France auprès des institutions européennes en 2017, en remplacement de l’ambassadeur Pierre Sellal, qui fait valoir ses droits à la retraite. « La raison pour laquelle il a été nommé est qu’il était devenu incontournable dans les affaires européennes, son profil étant unanimement respecté à Bruxelles »,affirme Michel Mangenot. « Pour remplacer Pierre Sellal, le président de la République n’avait pas d’autre solution que de nommer Philippe Léglise-Costa, qui incarne aussi de ce point de vue là, une certaine continuité de l’Etat et une maîtrise très fine des dossiers européens ».

Le rôle du représentant permanent de la France à Bruxelles est d’autant plus important que la présidence française du Conseil de l’Union européenne coïncide avec l’élection présidentielle. « Il va vraiment avoir un rôle-clé, lorsqu’on changera de gouvernement voire de président », estime Sébastien Maillard. Pour le directeur de l’Institut Jacques Delors, Philppe Léglise-Costa « assurera alors la continuité à Bruxelles. Il pourra vraiment remplacer un ministre au Conseil ».

Renforcée, la représentation permanente de la France travaille depuis des mois à plein régime. L’ambassadeur Philippe Léglise-Costa a méthodiquement construit et organisé l’équipe de négociateurs et d’experts qui, depuis le 1er janvier, mène la présidence française de l’Union européenne à Bruxelles. Le programme est chargé : les négociateurs français vont devoir gérer 250 propositions législatives et organiser plus de 2000 réunions.

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