Des députés belges défient Pékin pour dénoncer un «génocide» au Xinjiang
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Le 18 et 19 mai, un débat hautement sensible doit avoir lieu au Parlement belge, scruté de près par Pékin : les députés discuteront d’une résolution qui vise à qualifier de « génocide » la répression à l’égard des 11 millions de Ouïghours et d’autres minorités turciques. Si ce texte passe, la Belgique rejoindrait les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. De nature à entraîner d’autres pays dans cet élan, y compris la France ? La pression de Pékin est forte.
Pour le député belge Samuel Cogolati, il est temps « d’appeler l’horreur par son nom » : la Chine tente d’éradiquer la culture et la religion des Ouïghours au Xinjiang, il s’agit donc d’un « génocide », selon les termes définis par la Convention de l’ONU de 1948.
« On ne peut pas tolérer qu’au XXe siècle une minorité musulmane soit confrontée à des détentions arbitraires, on parle de plus d’un million d’êtres humains complètement innocents, y compris des femmes, enfermés dans des camps, de campagnes de stérilisations forcées, de campagnes d’enfants arrachés à leurs parents. Il est donc important que les Européens soient unis dans leur message vis-à-vis de Pékin. »
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Dans le collimateur de la Chine
Le député des Verts espère que cette fois, le débat à la Chambre belge pourra avoir lieu. Le 4 mai, l’audition a dû être annulée à la dernière minute – suite à une cyberattaque. Samuel Cogolati sait qu’il est dans le collimateur de la Chine.
« Le jour où j’ai déposé la résolution, nous avons reçu, dans l’heure, des messages qui nous parvenaient de l’ambassade de la Chine en Belgique. Puis, quand le Conseil des Affaires étrangères de l’UE a adopté des sanctions contre les responsables des violations des droits humains au Xinjiang, la Chine a adopté des contre-mesures », raconte Samuel Cogolati puis d'ajouter : « Et j’ai dû découvrir que la Chine me visait moi et ma famille parmi les 10 personnes visées en Europe. Ça fait d’abord froid dans le dos, mais comme élu dans un pays libre, nous avons le devoir d’être la voix de ceux qui n’en ont pas. »
Une motion loin d'être anecdotique
Pékin l’accuse de « propager des mensonges ». Il en est de même pour la députée Nusrat Ghani. Au Parlement britannique, elle a porté une motion affirmant que la minorité des Ouïghours est victime de crimes contre l’humanité et de génocide, votée à l’unanimité le 23 avril.
Bien que non contraignante, cette motion est loin d’être anecdotique, estime l’élue du parti conservateur : « Ce n’est pas juste symbolique. Cette motion doit forcer le gouvernement à enquêter. Notre vote met aussi en évidence l’incapacité de l’ONU de déterminer et de prévenir des génocides. L’ONU ne fait pas son boulot ! Nous, en tant qu’élus, on ne se laissera pas museler. Le Parti communiste chinois n’a pas à nous intimider », s'exclame-t-elle.
Un élan français ?
La France, se laissera-t-elle entraîner dans cet élan ? Rien n’est moins sûr, selon le sénateur André Gattolin, co-président de l’Alliance interparlementaire sur la Chine IPAC qui regroupe des élus de 16 Parlements : « Au sein de la classe politique française, il y a toujours eu une très grande bienveillance à l’égard de la Chine. On a dit “quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera”. Aujourd’hui, il est important de faire évoluer ces mentalités », soutient le sénateur.
L’élu de la République en Marche l’affirme : il existe de nombreuses preuves que Pékin mène une politique génocidaire au Xinjiang. « Je suis très favorable à une position ferme sur la répression et je dirai même de la tentative d’éradication de la population ouïghoure qui est menée par le gouvernement central de Pékin », dit-il. « Je suis en revanche plus dubitatif sur la question du génocide, d’abord parce que la Convention onusienne de 1948 définit des contours difficiles à mettre en exergue. La réalité d’un constat de génocide passe par une Cour pénale internationale, très difficile à mettre en œuvre. En particulier à l’encontre d’un pays comme la Chine qui est membre du Conseil permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. »
Pékin bloque toute enquête de l’ONU sur place et ne reconnaît pas la Cour pénale internationale. Traîner la Chine devant la justice paraît donc en effet mission impossible. Pour l’heure, les Parlements nationaux semblent l'une des seules voies possibles pour dénoncer la persécution des Ouïghours.
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