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Invité Afrique

Moctar Ouane, Premier ministre malien: «Chacun joue sa partition au gouvernement»

Audio 14:27
Moctar Ouane le 21 septembre 2006  à l'Assemblée générale des Nations unies quand il était ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali.
Moctar Ouane le 21 septembre 2006 à l'Assemblée générale des Nations unies quand il était ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali. AP Photo/Frank Franklin II

Le Premier ministre malien de la transition, Moctar Ouane, a accordé un entretien exclusif à RFI et France 24. Il a répondu aux questions de David Baché et Marc Perelman. C'était juste avant l'annonce, ce jeudi 3 décembre, de la composition du Conseil national de transition. Le chef du gouvernement malien s'exprime sur la longueur des négociations avec les groupes jihadistes, les conflits intercommunautaires dans le Centre ou encore sur le sort du président déchu Ibrahim Boubacar Keita et de son fils, Karim Keita.

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Marc Perelman : Monsieur le Premier ministre, deux mois et demi après le coup d’État du 18 août, globalement salué par la population, l’installation du dernier organe de la transition se fait toujours attendre : le Conseil national de transition fait polémique, la plupart des partis refusent d’y siéger et dénoncent l’accaparement de la transition par les militaires. Il y a aussi le front social, avec des grèves qui se multiplient. Pourquoi le Conseil de transition n’est toujours pas installé, et est-ce que vous pouvez nous dire quand il le sera ?

Moctar Ouane : Nous aurons bientôt les résultats des consultations qui auront permis de trouver les compromis nécessaires pour concilier les points de vue afin d’aboutir à la mise en place très rapidement du Conseil national de transition. Cela ne devrait plus tarder.

M.P.: Est-ce que vous pouvez être plus précis, est-ce que c’est une question de jours ou de semaines ?

Soyons patients. Je pense que c’est une question qui interviendra très rapidement.

David Baché : L’essentiel des sujets régaliens, à commencer par le CNT, sont gérés par le président Bah N’Daw et surtout par le vice-président, le colonel Assimi Goïta, qui a dirigé le coup d’État du 18 août. Est-ce que vous-même, monsieur le Premier ministre, vous ne la subissez pas cette militarisation des institutions, est-ce que vous n’êtes pas l’alibi, la caution civile des militaires ?

Non, les rôles sont bien répartis. Chacun joue sa partition. Nous avons tous à cœur de nous hisser à la hauteur de la mission qui nous a été confiée.

D.B. : Ceux qui ont le sentiment que les militaires prennent trop de place, est-ce que vous entendez leurs inquiétudes ?

Je vous l’ai dit tout à l’heure, nous sommes tous conscients de ce que nous avons à cœur de mener à bien, la mission qui nous a été confiée, puisque les rôles sont très clairement définis, chacun joue sa partition. Il n’y a pas de difficultés particulières à signaler de ce point de vue.

M.P. : Début octobre, le Mali a négocié avec Aqmi la libération de trois otages occidentaux, dont la Française Sophie Pétronin, et du chef de l’opposition malienne Soumaïla Cissé. Le Mali a-t-il négocié seul, ou est-ce que d’autres pays ont eu leur mot à dire sur les contreparties ?

L’essentiel pour nous est que nous ayons pu aboutir à la libération de ceux que vous avez mentionnés. C’est à la suite d’efforts conjugués des uns et des autres que cela a été rendu possible.

D.B. : Est-il vrai que la France a fait pression pour que Soumaïla Cissé ne soit pas libéré seul, avant Sophie Pétronin, ce qui aurait pu retarder le processus ?

Je parle pour le compte du Mali.

D.B. : Justement, est-ce que la France s’est adressée au Mali en ce sens ? Est-ce que c’est vrai, est-ce que c’est faux ?

Nous ne pensons pas que de ce point de vue-là il y ait eu une intrusion quelconque de la France dans le processus. En tout cas, pas à mon niveau.

M.P. : Lors de sa visite à Bamako, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, a rappelé le refus de la France d’ouvrir des négociations de paix avec les groupes terroristes comme Aqmi ou le groupe État islamique. Vous lui avez personnellement, monsieur le Premier ministre, rappelé que le Mali était favorable à « de vastes discussions », conformément aux conclusions du dialogue national. La France et le Mali ne sont donc pas sur la même ligne ?

Il n’y a pas de déphasage entre le Mali et la France sur cette question. Nous comprenons les décisions et les positions de la France, basées sur ses réalités. Mais la volonté de dialogue dont je me suis fait l’écho découle d’une préoccupation, d’une volonté qui a été exprimée déjà en 2017 par notre pays, par notre peuple, dans le cadre de la Conférence d’entente nationale. Puis cette volonté a été renouvelée en 2019 à la suite du Dialogue national inclusif. Il s’agit donc pour nous d’être en phase avec la volonté des Maliens et aussi tenir compte des réalités nationales. Les groupes auxquels vous faites allusion détruisent, alors que le rôle du gouvernement est de construire. Nous devons donc les empêcher de détruire soit par les armes, ou par le truchement du dialogue. Et nous avons choisi cette deuxième option, de manière à ce que ce dialogue soit considéré comme une opportunité permettant précisément d’apporter un élément complémentaire, un prolongement des réponses qui ont précédemment été apportées à travers l’action militaire, à travers la gouvernance ou encore le développement. Je précise aussi que le dialogue que nous voulons doit être appréhendé comme une opportunité d’engager des discussions vastes avec les communautés, de manière à redéfinir les contours de la gouvernance dans les localités où ces groupes ont pu s’implanter.

D.B. : Mais Barkhane a multiplié, ces dernières semaines, les actions d’envergure, notamment contre le groupe d’Iyad Ag Ghali. Ce n’est pas une manière de saborder les tentatives maliennes de dialogue ?

Les options ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Le dialogue que nous poursuivons ne doit pas être considéré comme une panacée. Je vous le dis, il constitue le prolongement d’efforts d’actions à d’autres niveaux. Donc l’action militaire n’est pas exclusive du dialogue ou inversement. Les deux actions se complètent, se prolongent, dans le cadre d’une dynamique d’ensemble qui devrait permettre précisément de rétablir la sécurité sur l’ensemble du pays.

M.P : Est-ce que de telles discussions ont lieu, en ce moment, avec Iyad Ag Ghali, avec Amadou Kouffa ?

Il ne s’agit pas pour nous d’individualiser l’action en direction de telle ou telle personne. Ce que nous recherchons, c’est d’engager une dynamique d’ensemble à travers le dialogue qui, comme je vous le dis, doit être appréhendée dans cette double dimensions que je viens d’indiquer, à savoir le dialogue saisi comme une opportunité d’échanges avec les communautés, mais aussi un dialogue permettant précisément de déboucher sur….

M.P. : Mais vous ne les excluez pas vous, le dialogue avec eux est une piste qui est poursuivie en ce moment même ?

Les recommandations du Dialogue national inclusif comme de la Conférence d’entente nationale sont claires à cet égard. Il s’agit d’engager le dialogue avec tous les enfants du Mali.

D.B. : Et ce dialogue est déjà en cours, ou pas encore ?

C’est une dynamique qui est en cours et à la suite de la Conférence nationale, et ce que nous avons voulu dans le prolongement du Dialogue national inclusif, c’est d’aboutir à cela. Et à ce stade, ce que je peux vous dire, c’est que nous travaillons à cela et nous n’excluons pas justement de parvenir à nouer ce dialogue-là. Encore une fois, ce n’est pas avec telle ou telle individualité, mais de manière précisément à permettre la prise en compte des préoccupations de toutes les communautés où ces groupes terroristes [sévissent, ndlr, interruption].

D.B. : Les attaques terroristes, sur fond de conflits entre communauté peule et chasseurs traditionnels dozos, connaissent une flambée en ce moment dans le Centre : à Farabougou et dans tout le cercle de Niono, mais aussi dans la région de Mopti. Le gouvernement a organisé un forum pour la réconciliation, le mois dernier. Depuis, les engagements pris par l’État n’ont pas été appliqués, la situation continue de se dégrader, l’armée malienne semble impuissante. Que comptez-vous faire, à présent ?

Le gouvernement s’emploie fortement à ramener la paix sur l’ensemble du territoire, y compris dans la zone de Farabougou. Les actions qui ont été engagées de ce point de vue doivent impliquées à la fois les communautés locales à travers donc le dialogue intercommunautaire, mais aussi à travers les actions, les initiatives de l’État. C’est ce que nous avons fait récemment par l’envoi d’une délégation de haut niveau qui s’est rendue sur place…

M. P. : Mais apparemment, cela ne fonctionne pas ?

Oui, mais c’est une dynamique qui est en cours. On ne peut pas préjuger des résultats de cette action, elle se met en place, elle nécessitera une compréhension des uns et des autres, et un engagement des uns et des autres plus exactement. Et c’est à cela que nous travaillons.

M.P. : L’armée malienne est accusée d’exactions à Libbé, un village peul incendié fin octobre, une vingtaine de villageois ont été tués. L’armée a réfuté ces accusations, mais tout de même promis des enquêtes. Elles ont été menées 

Conformément à l’engagement qu’il a pris, le gouvernement conduira ces enquêtes-là et lorsque les résultats seront connus, ils seront mis à disposition de tous.

D.B. : L’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) est actuellement en résidence surveillée chez lui. Pourquoi ? Des poursuites ont été engagées à son encontre ?

Le président Ibrahim Boubacar Keita est à sa résidence. Il est là avec sa famille et il n’est pas en résidence surveillée.

M.P. : Il est libre ?

Il est à sa résidence avec sa famille.

M.P. : Cela veut dire en résidence surveillée ?

Il n’est pas en résidence surveillée, parce que la résidence surveillée suppose donc qu’il ait été soit sous le coup d’une inculpation ou qu’il soit poursuivi ou qu’on lui reproche quoi que ce soit, ce qui n’est pas le cas à ce stade.

M.P. : Mais il n’a pas le droit d’en sortir…

Il est revenu de soins chez lui et il est à sa résidence avec sa famille.

M.P. : Sans avoir le droit d’en sortir ?

Mais ça, je ne saurais vous le dire.

M.P.: Son fils, Karim Keïta, a fui Bamako. On le dit en Côte d’ivoire. Est-ce que vous avez demandé à Abidjan de vous le remettre ?

Il a quitté le pays, il est à l’étranger et vis-à-vis duquel également, il n’y a pas de commentaires particuliers que je puisse faire à ce stade.

D.B. : Donc, le gouvernement malien ne le recherche pas particulièrement, ne cherche pas à le faire revenir au Mali ?

Il a quitté le pays de son plein gré. À ce stade, je ne suis pas en mesure de vous indiquer quoi que ce soit, puisque c’est l’affaire de la justice, lorsque le cas échéant, cela se saurait. Mais pour l’instant, je ne peux vous en dire davantage que cela.

D.B. : Pas de discussions avec Abidjan à son sujet donc ?

Non. À ce stade, je ne peux pas vous dire qu’il y a des discussions quelconques ou non. Aucune action de ce point de vue n’a été engagée à ce jour encore.

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