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Thierry Moungalla: «Il n'y a pas de raison, pour les Congolais, de désespérer de la démocratie»

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Thierry Moungalla, ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement congolais.
Thierry Moungalla, ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement congolais. © Eduardo Soteras/AFP

La conférence épiscopale du Congo-Brazzaville a annoncé dans un message qu'elle avait de « sérieuses réserves » par rapport à la prochaine élection présidentielle. Comment les autorités congolaises réagissent-elles à ce message et à cette interpellation de l'Église ? Pour en parler, Thierry Moungalla le ministre de la Communication et des médias, porte-parole du gouvernement du Congo, répond aux questions de Laurent Correau.

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RFI : Le gouvernement congolais, entend-il les réserves émises par la Conférence épiscopale du Congo (CEC) sur la prochaine élection présidentielle ?

Thierry Moungalla : Les évêques sont des citoyens congolais qui ont tout à fait le droit de s’exprimer. C’est un droit inaliénable dans le cadre de notre démocratie. Simplement, le gouvernement s’étonne à la fois du moment auquel intervient cette déclaration des évêques et la forme, et parfois même la brutalité de certaines affirmations des évêques. J’en prends pour exemple le fait que les évêques parlent de la nécessité de revoir les listes électorales, mais ils semblent ignorer qu’ici, au moment où nous parlons, depuis le 23 janvier 2021 jusqu’au 7 février, les listes électorales sont en cours de révision… c’est-à-dire que le souci exprimé par les évêques : ‘Est-ce que les gens sauront où aller voter… ou est-ce qu’ils sauront qui est mort et à éliminer de la liste… ou est-ce qu’on tiendra compte du fait que, quand on a déménagé et qu’on est dans un nouveau lieu d’habitation, on trouvera la bonne liste électorale avec son nom’, toutes ces préoccupations et ces soucis sont pris en compte. Et nous, nous attendons des évêques, dans leur rôle apostolique et citoyen qu’ils appellent leurs fidèles à aller assister et participer à la révision des listes, plutôt que de dire que rien n’est fait.

Sur le fond, tout de même, il y a ce constat des Congolais qui ont de moins en moins foi dans le système électoral. Est-ce que c’est un constat que vous remettez en cause ?

Nous remettons en cause le fait que les gens aient de moins en moins foi. Nous disons simplement que la construction démocratique est un processus lent, est un processus complexe. Oui, il y a des choses qui restent à faire -qui ont été constatées notamment lors de la concertation de Madingou [fin novembre 2020]- parmi lesquelles le chemin qui doit nous conduire à l’application de la biométrie. Mais nous considérons qu’il n’y a pas de raison pour les citoyens congolais de désespérer de la démocratie et du processus électoral.

Quand les évêques justement écrivent : « Notre peuple est fatigué de ces élections qui fragilisent la cohésion sociale et qui entachent l’image de notre pays à l’étranger ». Est-ce que c’est une fatigue du pays profond que l’équipe gouvernementale perçoit ?

Non. Je crois que les évêques, si on suit bien leur logique, voudraient qu’il n’y ait pas d’élections tant que les élections ne seront pas parfaites. Et bien, non. Nous, nous considérons que le processus va dans le bon sens. Peut-être que les évêques perçoivent les choses différemment, mais ce sont des citoyens, ils sont libres d’avoir leur perception.

La Conférence épiscopale déplore que les problèmes nés des précédentes élections n’aient pas été résolus à ce jour et elle dit : « Ne pas prendre conscience des mots qui minent la gouvernance électorale dans notre pays depuis quelques décennies, c’est s’exposer à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets ». Diriez-vous qu’un certain nombre de problèmes liés à la gouvernance électorale n’ont effectivement pas été pris à bras-le-corps ?

Nous sommes partis de loin. Il y a 18 ans jusqu’à aujourd’hui, nous sommes allés vers une transparence plus importante avec le bulletin unique. Nous sommes allés dans un processus consensuel, paritaire et inclusif pour la révision des listes électorales. Nous avons une commission électorale composée des différentes parties prenantes à la mise en œuvre du processus : majorité, opposition, magistrature et société civile. Nous avons des efforts qui ont été faits. Certains efforts restent à faire. Aucune démocratie au monde n’est parfaite. Il y a à travers le monde des exemples de crise post-électorale qui nous parlent suffisamment, y compris pour des démocraties multi séculaires. Donc, oui, il y a des choses à améliorer. Mais ces choses ne s’amélioreront que dans le dialogue, dans la concertation et c’est ce qui a été fait récemment à Madingou.

Que répondez-vous aux évêques au sujet de l’alternance quand ils souhaitent que l’alternance au pouvoir devienne une règle intangible et immuable, parce que ces changements à la tête de l’État permettent d’avoir des élites politiques pleinement mobilisées sur le bien commun ?

L’alternance ne se décrète pas. Je crois que les évêques peuvent remuer dans tous les sens et dire que l’alternance, l’alternance, l’alternance… On peut crier comme un cabri sur sa chaise « Alternance, alternance, alternance », elle ne se décrète pas, elle dépend du libre choix du peuple. Et tant que le peuple aura choisi une équipe dirigeante, et cela arrive à travers le monde, cette équipe dirigeante aura la légitimité pour ce faire. Le jour où cette équipe dirigeante sera battue dans les urnes, il y aura alternance. Je crois lire dans ce propos de la part des évêques plutôt l’expression diplomatique ou l’expression réservée de leur véritable sentiment qui consisterait à dire : le président de la République actuel doit partir. Et bien, moi, je vous dis que le président de la République a été candidat à plusieurs élections présidentielles. La première élection présidentielle a eu lieu en 1992, il a été battu alors qu’il était chef de l’État. Et il a quitté librement le pouvoir sans qu’il y ait la moindre agitation ou la moindre violence. Donc, on ne peut pas lui faire le procès, au président Denis Sassou-Nguesso, de ne pas prendre en compte cette notion l’alternance.

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