La semaine de

Certitudes et surdités

Audio 04:24
Jean-Baptiste Placca, membre du jury de la Bourse Ghislaine Dupont-Claude Verlon 2020, sur le plateau de «7 milliards de voisins».
Jean-Baptiste Placca, membre du jury de la Bourse Ghislaine Dupont-Claude Verlon 2020, sur le plateau de «7 milliards de voisins». RFI/Anthony Ravera

Alors que le président Denis Sassou-Nguesso s’apprête à briguer un énième bail à la tête du Congo-Brazzaville, le ministre porte-parole de son gouvernement défend, de tout son être, le régime de son pays, qui lui semble, dans sa perfectibilité, comparable à « des démocraties multiséculaires ».

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►Andréane Meslard : à moins de deux mois de la prochaine présidentielle, au Congo-Brazzaville, cette semaine, ici même, sur RFI, pouvoir et épiscopat ont croisé le fer, à distance. Invité Afrique, le porte-parole de la Conférence épiscopale exhorte la gouvernance électorale à ne pas rééditer les erreurs du passé. Ce à quoi répond son alter ego du gouvernement, avec cette même vivacité que l’on retrouvera entre les auditeurs, dans « Appels sur l’actualité ». Vous concluez, pourtant, que les problèmes du Congo demeurent en l’état. Pourquoi donc ?

Parce que le spectacle proposé par les Congolais n’est, hélas !, qu’une superposition de monologues et, alors que tous parlent de cohésion nationale, chacun s’enferme dans ses certitudes. Les évêques, les premiers à s’exprimer, sont les moins rigides. Même si certaines des flèches décochées peuvent faire mal. Monseigneur Victor Abagna Mossa, archevêque d’Owando, dit se préoccuper des conséquences d’une élection à la transparence douteuse. Sûr de son fait, Thierry Moungalla, ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, concède que la démocratie congolaise peut être perfectible, mais ne lui trouve aucun problème de crédibilité. 

Le prélat avait tout prévu, qui disait concevoir que l’on puisse penser, autour de la mangeoire, que tout va bien. Mais, il pose la question, presque taboue, de l’alternance, dans ce pays dirigé par un homme arrivé au pouvoir en 1979, et qui y est toujours…

…Pour le porte-parole du gouvernement, l’alternance ne se décrète pas, et Denis Sassou Ngesso sait s’incliner face au verdict des urnes, comme faire lorsqu’il a été battu en 1992.

Lorsque l’on choisit d’inviter l’histoire à une telle démonstration, il faut toujours prendre soin – question de crédibilité – d’intégrer dans l’analyse tous les faits, toutes les nuances. Parti par les urnes, en 1992, certes ! Mais, revenu par les armes, en 1997, pour mettre la démocratie en jachère, pendant de longues années. Par ailleurs, toutes les élections remportées, depuis, étaient organisées par des organes inspirés par lui, qui le craignaient, et ces scrutins ont, presque tous, débouché sur une contestation, souvent violente, contraignant plus d’un challenger à l’exil, ou les envoyant en prison.

L’épiscopat ne fait donc pas preuve d’une très grande audace, en prétendant que le peuple perd confiance dans ce processus électoral  dans lequel lui, le président, gagne systématiquement. 

Lorsqu’il souhaite que les Congolais puissent disposer de l’électricité, se faire soigner et éduquer leurs enfants, le prélat tient un langage peut-être un peu… simple. Mais un pays où ces besoins sont remplis est un Etat qui réunit les préalables pour décoller, une nation prête pour le développement, et qui se développera.

Le ministre ne conteste rien de tout cela…

Peut-être. Mais sa dextérité à justifier tout ce que fait le gouvernement éblouit. Parfois trop. Tant de génie pour prouver que jamais aucune élection n’a fragilisé la cohésion nationale ou entaché l’image du pays à l’étranger, laisse perplexe. Tout comme vouloir rendre tous les coups que l’on reçoit ou croit avoir reçus laisse perplexe. Pouvoir contre opposition. Partisans du pouvoir contre sympathisants de l’opposition. Et chaque camp s’évertue à se justifier, à se défendre, parfois, avant même d’avoir été accusé ! La moindre suggestion est perçue comme une critique, sinon une remise en cause. Accuser et se défendre. 

Les réponses sont même parfois prêtes, pour anticiper les critiques. Ainsi, lorsque l’on entend le ministre expliquer qu’aucune démocratie au monde n’est parfaite, et qu’il y a, « à travers le monde, des exemples de crises post-électorales qui nous parlent suffisamment, y compris pour des démocraties multiséculaires », l’on se demande si cette réflexion a jailli avant ou après un certain 6 janvier 2021. 

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