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Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, en 2020.
Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, en 2020. Pierre René-Worms

Comment faire comprendre à tous, une fois pour toutes, que si les évêques africains prennent position sur les questions socio-politiques, ce n'est pas pour obtenir des portefeuilles ministériels, des sièges de député ou le fauteuil de chef de l’État ?

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En RDC, les conseillers en communication du président Félix Tshisekedi s’en sont pris, cette semaine, aux évêques congolais qui, dans leur premier message, cette année, ont suggéré quelques urgences au chef de l’État. Ils ont aussi soufflé des critères pour le choix des ministres du gouvernement en cours de constitution. La réplique des conseillers se veut ferme, mais, pour vous, c’est peut-être tout simplement une erreur. Pourquoi donc ?

Pire qu’une erreur, c’est une maladresse ! À force de ne jamais laisser passer aucune occasion de répondre à tout, y compris aux observations les plus ordinaires, certains ministres ou proches collaborateurs de chefs d’État, en Afrique, finissent par se faire remarquer pour leur propension à toujours monter un peu plus haut dans la surenchère, pour se valoriser auprès de leur patron et, accessoirement, en tirer une forme ou une autre de gloire, à l’échelle continentale.

À l’inverse, il est des dirigeants dont on n’entend jamais les porte-parole s’en prendre aux opposants, aux journalistes ou aux évêques. Et cela ne veut pas dire qu’ils font moins bien leur travail, au contraire ! Ils le font même tellement bien qu’ils conseillent à leur patron les actions qui s’imposent, pour ne pas avoir à se défendre ensuite contre des attaques supposées ou des insuffisances réelles. Le conseiller en communication conçoit la stratégie la plus efficace, pour éviter de prêter le flanc aux critiques, donc pour ne pas devoir y répondre. Et lorsque l’on doit à tout prix répliquer, il faut s’assurer de répondre à ce qui vous est injustement reproché, et non accuser de mauvaise foi vos interlocuteurs, pour des suggestions que vous auriez pu reprendre à votre compte.

Les conseillers du chef de l’État congolais accusent les évêques d’avoir tenu des discours « aux senteurs politiques », et d’avoir des accointances avec « des officines obscures », en plus d’avoir délivré un message « digne d’un activisme insurrectionnel », disent-ils. Arrêtons-nous là, pour l’instant.

De quoi traite, concrètement, le message de la Conférence épiscopale ?

Il demande que dans la composition du prochain gouvernement, l’on choisisse des femmes et des hommes qui ont fait preuve d’une bonne éthique dans leur vie passée ; des ministres qui ont une expérience dans les domaines qui correspondent aux départements qui vont leur être confiés, et qui se soucient du bien-être de la population. Les prélats préviennent que le peuple serait frustré, s’il devait voir revenir aux affaires ceux qui ont participé au pillage (des richesses du pays), à l’insécurité, à la violation des droits humains. Ils déplorent, en outre, que l’on ne soit pas allé plus loin, après le procès Vital Kamerhe, comme si la moralisation affichée ne visait que quelques-uns…

Sincèrement, les conseillers du chef de l’Etat se seraient tus que l’opinion en aurait déduit que le président lui-même était sur la même longueur d’ondes, ce qui aurait été tout à son honneur.

Pourquoi les évêques mettent-ils en doute le respect des échéances de 2023 ?

Pour que les retards dans le calendrier électoral ne servent plus d’alibi à d’autres abus. Une telle mise en garde paraîtrait prématurée aux yeux de l’entourage du chef de l’Etat. Ces conseillers semblent n’avoir pas conscience que les prochaines élections seront les premières qu’ils auront à organiser, alors que l’épiscopat suit et observe depuis bien plus longtemps les échéances électorales. Bref, les évêques parlent d’expérience, puisqu’ils ont dû constater bien des retards, enregistré bien des reports, alors que les dates des élections étaient souvent connues des années à l’avance.

Les évêques prennent position sur les questions socio-politiques, non pas pour devenir ministres, députés ou chef de l’Etat, mais pour emmener les dirigeants à servir leur peuple.

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