La semaine de

Pauvre peuple congolais !

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Jean-Baptiste Placca.
Jean-Baptiste Placca. © RFI/Pierre René-Worms

Tout se passe comme si les Congolais n’avaient d’autre vocation que d’être constamment trahis par leurs dirigeants, et par une élite prédatrice. Ce qu’illustre parfaitement l’enquête « Congo Hold-up ».

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Retour sur le feuilleton Congo Hold-up. Episode après épisode, l’opinion découvre les circuits tortueux suivis par les quelque 138 millions de dollars détournés par le clan Kabila, au préjudice de la République démocratique du Congo, donc du peuple congolais. Pour quelles raisons certains Africains estiment que ce scandale, un des plus importants jamais révélés sur le continent, n’a rien de surprenant ?

Sans doute parce que seul un dessein aussi inavouable peut expliquer la rage que déployait le clan Kabila pour conserver la direction du Congo, alors qu’il se montrait, par ailleurs, incapable d’apporter des solutions dignes aux besoins essentiels des Congolais. Sans vouloir verser dans des extrapolations à bon marché, on est bien obligé d’admettre que de telles révélations illustrent à satiété ce que peuvent être les motivations réelles d’une famille, d’un clan qui s’accroche frénétiquement au pouvoir, alors que le peuple qu’il prétend diriger s’enfonce chaque jour un peu plus dans les souffrances, et croupit dans le dénuement, parfois dans une misère sans nom.

Comme les Kabila en RDC, c’est presque toujours en famille que les dirigeants-prédateurs s’organisent pour piller leur patrie, ruiner leur peuple. Mais, pour n’être pas surprenante, cette gloutonnerie n’en est pas moins choquante, d’autant qu’elle se situe, ici, sur une période relativement brève. Elle a manifestement démarré à la minute même où Joseph Kabila a compris qu’il ne pouvait plus s’accrocher au pouvoir. Le clan, alors, a fait ses provisions dans les caisses du trésor public, et partout où il pouvait y avoir quelques millions à subtiliser. Pour le clan, quitte à plier bagage, autant s’assurer que les bagages en question sont conséquents. C’est, d’ailleurs, exactement comme cela que se comportent les intérêts maffieux, lorsqu’ils sentent approcher la fin de leur mainmise sur un territoire. Ici, il leur fallait mettre les bouchées doubles, pour se constituer suffisamment de réserves, en vue d’une traversée du désert, le temps de reconquérir le pouvoir. Car Kabila et son clan n’en ont, à l’évidence, pas fini avec les fonds du Congo

A quoi bon, pour Joseph Kabila, accumuler autant, s’il avait prévu de reprendre, un jour, le pouvoir ?

Parce que ces gens ont de gros besoins. Il ne faut pas s’imaginer que les Kabila, après une vingtaine d’années à gouverner en héritiers fidèles de Mobutu, se seraient contenté, pour solde de tout compte, de 138 malheureux millions de dollars. Ce n’était certainement qu’une petite provision, en attendant de reprendre à Félix Tshisekedi la clé du coffre.

C’est d’ailleurs parce qu’il a échoué à installer un de ses inconditionnels sur le trône présidentiel qu’il a fini par jeter son dévolu sur celui qu’il jugeait le moins hostile dans l’opposition : Félix Tshisekedi. A qui il était d’autant plus convaincu de reprendre la place qu’il avait pris soin de verrouiller les institutions, son parti devant garder le contrôle de l’exécutif durant un mandat, censé n’être qu’intérimaire. L’histoire a prouvé, ensuite, à quel point il s’est mépris sur la personnalité de Félix Tshisekedi. Mais c’est, là, une tout autre histoire.

Le peuple Congolais l’a, finalement, échappé belle. un hold-up, par définition, s’opère dans un espace-temps limité. Mais les trésors d’ingéniosité que le clan a déployés pour siphonner autant de deniers publics en si peu de temps suppose un excellent rodage. Il paraît donc plausible que ces méthodes pouvaient durer depuis un certain temps, sinon depuis toujours.

C’est ici que l’on se demande comment des gens qui ont chassé Mobutu du pouvoir en l’accablant comme ils l’ont fait, pouvaient venir, à leur tour, piller le pays d’une manière tout aussi éhontée. C’est d’autant plus décevant que Kabila père, vous en souvenez-vous, se voulait patriote, héritier de Patrice Emery Lumumba, héros continental, modèle de probité. A présent, le nom Kabila rime davantage avec Mobutu qu’avec Lumumba. Quelle décadence !

Mais vous savez bien que le clan Kabila ne reconnaît en rien ces détournements…

C’est toujours ainsi que se défendent les cas désespérés, les causes perdues. Pour s’expliquer sur des accusations d’une telle gravité, vous aurez noté le niveau (hiérarchique), plutôt faible, des personnes mandatées par « le clan », pour émettre un avis téléphoné sur les médias.

Pour assurer le service minimum dont ils ont été chargés, ces seconds couteaux ne se sont même pas donné la peine de nier. Ils ont juste rétorqué que les auteurs des révélations n’apportent aucune preuve à leurs accusations. On vous accuse d’avoir volé votre peuple, et vous, au lieu de convaincre de ce que vous n’avez rien volé, vous misez sur le fait d’avoir suffisamment brouillé les pistes pour que l’on ne remonte pas jusqu’à vous !?... Comme souvent lorsque les faits sont accablants au-delà du supportable, les kleptomanes s’abritent toujours derrière les précautions qu’ils estiment avoir prises, afin d’effacer toute trace du larcin.

Un peu comme cet ancien Premier ministre (de Joseph Kabila), soupçonné d’avoir siphonné quelques dizaines de millions de dollars d’un projet, et dont l’avocat jubile sur les radios, simplement parce que la juridiction saisie pour connaître de ce détournement se déclare incompétente.

Dans ses pires cauchemars, le peuple congolais n’aurait jamais imaginé une telle sommité, dans la gradation des trahisons dont il est l’objet, despote après despote, dirigeant après dirigeant.

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