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Ankara apaise ses relations avec l’Union européenne

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Dans une période où l’économie turque se trouve dans une phase très dégradée, impossible de poursuivre trop longtemps un bras de fer déséquilibré.
Dans une période où l’économie turque se trouve dans une phase très dégradée, impossible de poursuivre trop longtemps un bras de fer déséquilibré. © AP

Retour sur l’offensive de charme de la diplomatie turque auprès de l’Union européenne. Comment expliquer ce revirement après des mois de tension avec les Européens ?

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On peut parler de réalisme de la part d’Ankara. En tout cas, après plusieurs mois de diplomatie agressive envers l’Europe, et notamment la France ou la Grèce, la Turquie cherche visiblement à arrondir les angles.

Avec l’Union européenne, les sujets de discorde pourtant ne manquent pas. À commencer par le litige sur l’exploration d’hydrocarbures en Méditerranée orientale. Dans cette affaire, l’Union européenne, et notamment la France qui a soutenu la Grèce, a adopté un ton très dur contre Ankara, accusant la Turquie d’effectuer illégalement ces recherches de gaz dans les eaux internationales de Chypre et de la Grèce. Après des semaines de forte tension, Ankara va entamer mardi prochain des négociations plus apaisées avec ces deux pays.

Autres sujets de divergence : le rôle de la Turquie en Syrie où Ankara, tout à sa lutte déterminée contre les Kurdes, n’en a fait qu’à sa tête – ignorant les positions de l’Otan, dont elle est pourtant membre. Sans parler de son activisme en Libye. Et, plus récemment, son appui très marqué à l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabakh contre l’Arménie, soutenue sans beaucoup de conviction par les Européens.

Enfin, Erdogan estimait qu’il était en position de force vis-à-vis de Bruxelles sur le dossier migratoire – Ankara ayant accepté d’accueillir et de garder sur son sol, au grand soulagement de l’Europe, 4 millions de réfugiés syriens.

Comment expliquer cette volonté soudaine de réchauffement diplomatique avec l’Union européenne ?

Erdogan s’est peut-être rendu compte que sa posture agressive pouvait à terme isoler son pays sur la scène internationale – d’autant plus qu’il vient de perdre un soutien de poids avec le départ de Donald Trump de la Maison Blanche.

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Il avait sans doute aussi sous-estimé les réactions des Européens, misant davantage sur leurs divisions sur la Turquie, notamment entre la France et l’Allemagne. Raté : même avec leurs différences d’approche, les Européens sont restés unis derrière la Grèce. Et quand l’Europe est unie, la Turquie ne fait plus le poids. D’autant moins que son économie est très dépendante du Vieux Continent. L’Union européenne est même le premier partenaire de la Turquie et les échanges commerciaux bilatéraux atteignent plus de 160 milliards de dollars.

Dans une période où l’économie turque se trouve dans une phase très dégradée, impossible de poursuivre trop longtemps un bras de fer déséquilibré. D’où ce revirement. Sincère ou tactique ? On verra. À Bruxelles en tout cas, on reste très méfiant.

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