Le monde en questions

L’Union Européenne face à la Covid-19

Audio 02:57
Le vaccin d’AstraZeneca contre la Covid-19 vient d’être autorisé par l’EMA, l’Agence Européenne des Médicaments, après que le laboratoire a estimé devoir livrer le Royaume-Uni en priorité.
Le vaccin d’AstraZeneca contre la Covid-19 vient d’être autorisé par l’EMA, l’Agence Européenne des Médicaments, après que le laboratoire a estimé devoir livrer le Royaume-Uni en priorité. REUTERS - DADO RUVIC

Cette semaine, Bruno Daroux revient sur la situation sanitaire en Europe, et plus précisément sur les tensions entre la Commission Européenne et les laboratoires Pfizer et AstraZeneca concernant les retards de livraison des vaccins. La pandémie de Covid-19 sur le Vieux Continent met-elle à mal l’Union Européenne ?

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Depuis qu’est apparu le nouveau Coronavirus en Europe il y a un an, l’Union européenne a eu du mal à parler d’une seule voix, tout simplement parce que la politique sanitaire reste du ressort de chaque État – ce n’est pas une compétence communautaire. Il y a eu quand même des initiatives concertées – on pense aux transferts de malades d’un pays à l’autre lors de la première vague. On pense surtout à l’emprunt émis pour la première fois au niveau de l'Union européenne, grâce à un changement de position radicale de l’Allemagne en matière de dette commune.

Et puis, l’espoir des vaccins s’est concrétisé. Avec une commande commune passée au niveau là encore de la Commission européenne auprès des laboratoires qui étaient prêts ou sur le point de l’être – les Américains Pfizer et Moderna, et le Britannique AstraZeneca.

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Et tout avait bien commencé : des dizaines de millions de doses commandées en avance, avec une distribution progressive des vaccins au prorata de la population de chacun des pays membres.

Mais, passées les premières vaccinations, parfois chaotiques ou trop lentes dans plusieurs pays européens, dont la France, de sérieux désaccords sont apparus entre certains laboratoires et l’Union européenne : ce fut d’abord Pfizer, et la polémique sur la sixième dose. Et puis surtout, cette guerre des nerfs entre le Britannique AstraZeneca et la Commission européenne, initiée lorsque le fabricant de vaccins a annoncé que ses premières livraisons à l’Europe seraient quatre fois inférieures à ce qui avait été annoncé.

Le vaccin d’AstraZeneca vient tout de même d’être autorisé par l’EMA, l’Agence européenne des médicaments, mais les 27 se sont retrouvés piégés par un fabricant, qui, ayant signé un contrat avec son pays d’origine, le Royaume-Uni, trois mois plus tôt qu’avec Bruxelles, estime que son pays doit être desservi d’abord et l’Europe ensuite – cet épisode tendu survenant juste après la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. De part et d’autres, après les menaces, on tente d’arranger la situation.

Pas de vaccin européen

Mais pour l’Europe, la leçon doit être méditée : dans la course mondiale au vaccin contre le coronavirus, les pays de l’UE n’ont pas été capables de produire leur propre vaccin, obligés de s’en remettre à l’extérieur – et donc terriblement dépendants des retards de production ou des calculs de rentabilité de ces fabricants non-européens.  

Et cet échec, il est bien sûr pointé du doigt avec délectation par les souverainistes, qui pointent les insuffisances de l’Union européenne en matière sanitaire – à la différence de ce qui se passe Outre-Manche avec un pays, le Royaume-Uni, qui vient de retrouver toutes ses marges de manœuvre.

Les dirigeants européens doivent méditer cet échec et tout faire pour améliorer leurs capacités de recherche, de production et de distribution de produits sanitaires de pointe. Car une puissance qui n’a pas les moyens de fournir à sa population les moyens de faire face à une menace mortelle est forcément dépréciée – et ne joue plus, comme le souhaite l’Union européenne, dans la cour des grands.

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