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Haïti dans la tourmente

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Pour l’instant Jovenel Moïse s’accroche au pouvoir, persuadé de son bon droit.
Pour l’instant Jovenel Moïse s’accroche au pouvoir, persuadé de son bon droit. © AFP/Pierre Michel Jean

Le président haïtien Jovenel Moïse a refusé de mettre un terme à son mandat le 6 février dernier, comme le réclament des opposants. Il estime que son mandat s’achèvera le 7 février de l’an prochain. Le pays est plongé dans une vague de contestations parfois violentes. Pourquoi une telle impasse en Haïti ?

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Pour l’instant Jovenel Moïse s’accroche au pouvoir, persuadé de son bon droit. Pour comprendre cet imbroglio sur la date de sa fin de mandat, il faut remonter à la dernière élection présidentielle fin 2015. Élection remportée par Jovenel Moïse, mais dans des conditions telles qu’un second tour est organisé un an plus tard, remporté à nouveau par Moïse. Du coup, il estime que son mandat de cinq ans a débuté en février 2017, et non en février 2016 comme l’affirment ses opposants. 

Voilà pour l’étincelle qui a déclenché la crise actuelle. Mais le feu couvait en fait depuis plus longtemps. Notamment quand les dernières élections législatives en janvier 2020 n’ont pas permis de dégager un parlement opérationnel. Et c’est là que le président s’est mis à gouverner par décret et a été accusé d’une dérive autoritaire et autocratique. Il faut dire qu’il en a profité pour créer une nouvelle agence de renseignements nationale, ou pour modifier le Code pénal, faisant du blocage des routes un acte terroriste – or c’est traditionnellement une des principales formes de manifestations en Haïti.

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Des tensions déjà présentes depuis le début

Pendant des mois, les Américains et les Européens lui ont demandé d’organiser de nouvelles élections législatives pour rétablir l’équilibre des pouvoirs. À la place, Jovenel Moïse avait proposé un référendum le 25 avril prochain pour modifier la Constitution, suivi d’élections législatives et présidentielles pour septembre 2021. Une formule qui lui aurait permis de gouverner par décret jusqu’en février 2022. Ce projet de réforme venait renforcer les pouvoirs présidentiels, en supprimant le poste de Premier ministre, remplacé par un vice-président, en supprimant aussi le Sénat. Autant d’initiatives désormais gelées par les manifestations en cours. 

En fait si on revient sur le déroulement de l’ensemble de son mandat, on s’aperçoit que les tensions étaient présentes dès le début. Très vite, Jovenel Moïse a pris des décisions qui ont exaspéré la population : de l’augmentation brutale des prix des carburants à l’été 2018, à la flambée de l’inflation, notamment sur les produits alimentaires. Le pouvoir d’achat est gravement entamé, dans un pays qui est déjà le plus pauvre de l’hémisphère occidental avec plus de 9 millions de personnes sur 12 qui vivent sous le seuil de pauvreté.

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Cette colère populaire est aussi exacerbée par les révélations de détournement des fonds prêtés à Haïti par le Venezuela entre 2008 et 2018 pour financer son développement. Un programme baptisé Petro Caribe. Il y a deux ans, un premier rapport de la Cour des comptes épinglait 15 anciens ministres et hauts fonctionnaires, plus une entreprise dirigée par un certain Jovenel Moïse. D’où des manifestations violentes à l’été 2019, et donc, début 2020, le début de la crise politique qui éclate aujourd’hui au grand jour. Comme viennent de l’écrire les évêques catholiques de l’île, Haïti est tout simplement au bord de l’implosion sociale et politique.

 

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