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En Géorgie, le retour de la crise politique

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Les manifestants demandent la libération de la femme politique géorgienne détenue Nika Melia et des élections anticipées.
Les manifestants demandent la libération de la femme politique géorgienne détenue Nika Melia et des élections anticipées. Vano Shlamov AFP

Cette semaine, nous revenons sur les troubles qui se déroulent actuellement en Géorgie, cette petite République du Caucase qui semblait avoir retrouvé le calme après des épisodes parfois dramatiques. Mais cela fait des semaines que la tension ne cesse de monter entre le parti au pouvoir et l’opposition. Sur quoi porte le différend entre les deux camps ? 

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Ce qui est à l’origine directe de la crise actuelle, ce sont les élections législatives d’octobre dernier où le parti au pouvoir depuis 2012, le Rêve Géorgien, a conservé la majorité au Parlement d’une courte tête. Les partis d’opposition, en général favorables à l’Occident, dénoncent depuis des fraudes durant ce scrutin.

La tension, déjà forte, a été portée à son comble par les accusations portées contre Nika Melia, le chef du principal parti d’opposition, le MNU, Mouvement National Uni. Il est accusé d’avoir organisé des « violences de masse » lors de manifestations anti-gouvernementales en juin 2019. Il s’agissait alors de protester contre la présence de députés russes au sein du Parlement géorgien. Nika Melia parle d’accusations politiques. 

La semaine dernière, la police a en tout cas reçu l’ordre de la Justice de l’arrêter. Une décision qui a créé des remous au sein même du gouvernement : le Premier Ministre a préféré démissionner, et a été remplacé par le ministre de La Défense.Ce dernier est un proche du chef de Rêve Géorgien, Bidzina Ivanichvili. C’est l’homme le plus riche du pays, et il est soupçonné de contrôler le pouvoir en sous-main.

La première tentative d’interpellation a échoué la semaine dernière. Mais a réussi ce mardi et a été très mouvementée, puisque Nika Melia a été exfiltré manu militari des locaux de son parti.

C’est cette intervention musclée de la police qui a provoqué la colère des militants et les manifestations devant le siège du Parlement à Tbilissi, la capitale du pays. Les manifestants réclament depuis des élections anticipées.

On a l’impression que la Géorgie est toujours rattrapée par son passé, notamment le traumatisme de 2008, et le profond clivage entre pro-russes et pro-occidentaux. Depuis 2012, c’est donc le Rêve Géorgien qui est au pouvoir et il est plutôt favorable à la Russie. Mais il a vu sa popularité décliner sur fond de stagnation économique. Il est aussi accusé de porter atteinte aux principes de l’état de droit.  

Dans le camp d’en face, les partis d’opposition dénoncent régulièrement, comme ils l’ont fait en 2019, des tentatives d’ingérence de la Russie.

Le traumatisme de 2008 est effectivement très présent dans les têtes  : en cinq jours seulement, la petite armée géorgienne avait été vaincue par l'armée russe. Les hostilités avaient pris fin après la conclusion d'un accord de paix arraché sous la médiation du président français de l'époque, Nicolas Sarkozy, dont le pays assurait la présidence tournante de l'Union européenne.

La guerre a entériné la perte du contrôle par la Géorgie de ses deux régions séparatistes pro-russes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, qui représentent tout de même près de 20 % du territoire géorgien, frontalières de la Russie. Après la guerre, Moscou a reconnu les deux régions séparatistes comme « États indépendants ». La Géorgie et ses alliés occidentaux dénoncent, eux, une « occupation militaire illégale ». Et les deux États ont rompu leurs liens diplomatiques. Depuis, comme en ce moment, l’ombre de la Russie plane toujours sur la vie politique du pays.

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