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François en Irak, pour réconforter les siens et parler aux chiites

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Le Premier ministre irakien Mustafa Al-Kadhimi accueille le pape François à l'aéroport international de Bagdad, le 5 mars 2021.
Le Premier ministre irakien Mustafa Al-Kadhimi accueille le pape François à l'aéroport international de Bagdad, le 5 mars 2021. VIA REUTERS - IRAQI PRIME MINISTER MEDIA OFFIC

La visite que le pape François a débutée en Irak est un déplacement à hauts risques, au vu de la situation sécuritaire et sanitaire dans le pays. Mais, malgré toutes les mises en garde, François a maintenu ce voyage, qu’il estime très important. Alors, quels sont les enjeux de cette visite du pape en Irak ?

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Il s’agit d’abord de réparer un manque : ce sera en effet la toute première fois qu’un souverain pontife se rend en Irak, ce pays qui fut jadis la Mésopotamie, un des lieux fondateurs de la religion chrétienne, qui abrite des églises très anciennes, comme les Chaldéens, les Syriaques catholiques ou les Assyriens. Une terre où la Bible situe la naissance du prophète Abraham, dont se réclament les trois religions monothéistes, chrétienne, juive et musulmane.

Au-delà de cet enjeu de réparation, le pape poursuit deux objectifs : il vient d’abord soutenir les communautés chrétiennes du pays, particulièrement fragilisées depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.

Les chrétiens, un million et demi de fidèles à l’époque, étaient protégés par le régime de Saddam. Durement éprouvés par la montée de l’islamisme radical notamment, ils sont aujourd'hui environ 400 000 seulement. Ils ont même vécu l’enfer dans certaines régions d’Irak, en particulier à Mossoul, quand l’organisation État islamique s’est emparée de cette ville et de la région de la plaine de Ninive en 2014.

Le pape François s’était engagé, auprès de ces communautés dès 2015, à venir leur rendre visite et hommage. Promesse tenue : il vient aujourd'hui les réconforter et leur dire que l’Église ne les oublie pas.

Le second objectif de ce voyage, c’est de parler aux musulmans et notamment aux chiites. On peut se demander pourquoi François semble privilégier cette communauté minoritaire de l’islam par rapport à la majorité sunnite. Il estime qu’il a déjà développé un vrai dialogue avec les sunnites, notamment avec le grand Imam de l’université égyptienne d’al-Azhar, Ahmed Al-Tayeb.

En revanche, un dialogue avec les chiites, c’est une première, surtout dans un pays où ils sont majoritaires, et qui abrite la ville sainte de Najaf. C’est d’ailleurs dans cette ville qu’aura lieu ce samedi la rencontre avec l’une des grandes figures spirituelles du chiisme, l’ayatollah Ali Al-Sistani. L’idée, c’est à la fois d’encourager le dialogue interreligieux et donc une meilleure cohabitation des différentes religions dans le monde.

En Irak, ça ne plait pas à tout le monde – notamment pas à l’État islamique, organisation extrémiste sunnite, qui déteste les appels à condamner le terrorisme et ce rapprochement avec les chiites. 

Cette visite en Irak est mal vue aussi par l’autre grand pays chiite de la région, l’Iran. Pour Téhéran, dont l’influence politique est réelle aujourd'hui en Irak, le pape vient un peu marcher sur ses plates bandes.

Si on ajoute le risque sécuritaire et sanitaire de l‘Irak d'aujourd'hui, on conçoit que ce voyage, aussi important qu’il soit, reste très risqué. Certains, dans l’entourage du pape, dont son prédécesseur Benoit XVI, estiment que cette visite aurait dû être annulée. Mais apparemment, pour François, le réconfort aux chrétiens d’Irak et le dialogue interreligieux sont les plus importants.

 

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