Le monde en questions

Les grandes manœuvres de Washington en Asie

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Le secrétaire d’État Anthony Blinken est l’un des diplomates les plus chevronnés de l’administration américaine.
Le secrétaire d’État Anthony Blinken est l’un des diplomates les plus chevronnés de l’administration américaine. © AP/Evan Vucci

Ce n’est pas un hasard si le tout premier voyage diplomatique de l’administration américaine a eu pour destination cette semaine l’Asie de l’Est. Cela préfigure le recentrage de Washington vers l’Extrême-Orient, quitte à faire machine arrière après les années Trump et de renouer avec une doctrine chère à Barack Obama. S’agit-il des prémices d’une nouvelle guerre tous azimuts avec la Chine ? 

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En tout cas, si la doctrine de l’administration Obama dans les années 2010 prenait pour symbole le « pivot » geste bien connu des amateurs de basket-ball, le style Biden, lui, en diplomatie, tient plus, contre toute attente, de l’uppercut.

D’ailleurs, pour ce premier déplacement chez les alliés au Japon, en Corée, puis dans l’Alaska du secrétaire d’État Anthony Blinken, l’un des diplomates les plus chevronnés de l’administration américaine, les experts prévoyaient déjà. Une manière d’affûter la stratégie des Américains dans la région, mais aussi, ni plus ni moins, le premier round d’un combat de boxe international opposant Washington à Pékin. 

• Quels sont les thèmes des négociations entre Chinois et Américains ? 

Les raisons de s’entendre entre les deux puissances sont inversement proportionnelles à celles qui les opposent. À Tokyo, le clan américain a clairement mis en garde : « Si cela est nécessaire, a déclaré le secrétaire d’État, nous repousserons la Chine si elle recourt à la coercition ou à l’agression pour parvenir à ses fins. » Comprendre : nous nous attachons à défendre la question des libertés à Hong Kong, à Taïwan, au Xinjiang envers les Ouïghours, mais aussi au Tibet autant que le programme de dénucléarisation nord-coréen, pré carré chinois, ne soufrera aucun compromis.

Autre chasse gardée de Pékin : la Birmanie. Bon connaisseur du dossier Anthony Blinken a sans doute aussi utilisé ses réseaux régionaux pour tenter de tordre le bras des Chinois alors que le pays glisse rapidement vers la guerre civile.

• Vers l’affrontement attendu en Alaska ? 

La violence, sur le fond et dans la forme, de l’affrontement diplomatique à Anchorage entre les délégations américaine et chinoise en fin de semaine n’a été donc qu’une demi-surprise.

Washington l’a bien compris et d’aborder de plein fouet les différends, dans une position de force, dans cette lutte commerciale, stratégique et idéologique que Donald Trump, lui, n’a jamais assimilée. L’Amérique est de retour en Asie, quitte à tourner progressivement le dos au Proche-Orient, à Afghanistan ou au Sahel.

Bien que forte de sa « supposée » victoire contre le Covid-19 et de sa croissance, persuadée de son rôle à jouer face « au déclin inexorable de l’influence américaine », la Chine a été forcée d’aborder sur la défensive le premier round de ce combat des grandes puissances.

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