Les dessous de l'infox, la chronique

L’infox de la «vraie date d’inauguration» ravive les craintes au Capitole

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Le capitole est sous la menace d'une nouvelle tentative de coup de militants fascistes d'extrême droite.
Le capitole est sous la menace d'une nouvelle tentative de coup de militants fascistes d'extrême droite. © Jim Urquhart/REUTERS

Le Capitole américain vit depuis ce jeudi 4 mars sous sécurité renforcée, face à la menace d’une nouvelle intrusion, selon la police de Washington. Échaudés par les événements du 6 janvier, les responsables de la sécurité au Congrès ont décidé cette fois-ci de prendre au sérieux un projet d’attaque d’une milice identifiée par leurs services, projet nourri par les conspirationnistes autour de la date du 4 mars.

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Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, une partie de l’électorat américain continue d’espérer un retour imminent de Donald Trump à la Maison blanche, n’ayant toujours pas accepté -comme un fait réel- l’arrivée du président Biden aux affaires.

Le 6 janvier dernier, lors de l’intrusion au Capitole, ces partisans du candidat républicain avaient voulu empêcher, par la force, la certification du résultat des élections, mais en vain. Le 20 janvier, à leur grand damne et contre les prédictions des complotistes QAnon, Joe Biden prêtait serment et non Donald Trump. C’est à ce moment-là que commençait à circuler la date du 4 mars, présentée comme le « vrai jour de l’inauguration ».

La thèse évoquant cette nouvelle échéance émane d’un groupe radical, les « Sovereign Citizen », en lutte de longue date contre l’État fédéral, et contre l’amendement de la Constitution américaine qui -en 1933- a fixé au 20 janvier l’investiture du Président américain et non plus au 4 mars.

La campagne de désinformation « stop the steal », estimant que l’élection a été « volée », continue de leurrer les partisans les plus déterminés de Donald Trump, leur faisant croire qu’ils n’auront pas à attendre de prochaines élections pour reprendre la Maison Blanche. 

Les partisans de Trump dans l’espoir d’un coup de force

Ces attentes, sans cesse déçues, risquent d’exacerber les tensions, parmi les partisans d’un même camp, entre ceux qui se rallient à la réalité, et ceux qui optent pour une « réalité alternative », encouragés par le triomphalisme de leur idole.

Le récit de la victoire confisquée a été échafaudé bien avant la tenue de l’élection. Dans ce scenario, Donald Trump apparaît comme l’ultime " sauveur d’un monde globalisé en proie aux élites pédophiles et corrompues "… c'est en substance ce que l'on peut voir et entendre à longueur de vidéos sur internet, relayées par ceux qui se réclament de la mouvance QAnon, et au-delà, par une nébuleuse de groupuscules liés à l’extrême droite et aux suprémacistes blancs.

Une partie de ce public s’attend donc au retour de Donald Trump à la faveur d’un coup d’État, signant la mise aux arrêts de tous les responsables démocrates et de leurs « complices » dans les médias et les milieux du spectacle. Et même s’il ne s’est rien passé ce jeudi 4 mars, les autorités restent en alerte, contre d’éventuels rassemblements ou manifestations violentes.

En marge des grandes plateformes, la radicalisation

Facebook, Twitter et Youtube ont multiplié les mesures de lutte contre la désinformation et tout ce qui pouvait constituer des incitations à la violence, supprimant des dizaines de milliers de comptes.  

Mais cela n’a fait que déplacer le problème. Les théories conspirationnistes ont sans doute perdu en visibilité sur les grandes plateformes, mais leurs adeptes se retrouvent désormais ailleurs, notamment sur le réseau social Parler, et d’autres plateformes, sans modération. C’est parce que Parler n’a pas su empêcher les incitations à la violence le 6 janvier, que les hébergeurs, Amazon, Apple et Google ont décidé de bannir ce réseau très prisé des partisans de Donald Trump les plus extrêmes. Ce qui a eu pour effet de relancer les attaques contre les big tech, accusés de faire le jeu des démocrates... et des satanistes.

Puis finalement Parler a trouvé un nouvel hébergeur il y a deux semaines, SkySilk Cloud, qui s’est engagé à ne pas s’ériger en juge des contenus relayés sur le site, comme en témoigne le communiqué cité par Clémentine Chaloux sur Power trafic, agence de stratégie digitale. Et Rebekah Mercer, l’une de ses plus influents soutiens financiers, a repris les choses en main. Héritière de Robert Mercer, important donateur du parti Républicain, elle a également investi dans le site ultra conservateur de Steve Bannon, Breibart News, connu pour avoir œuvré à l’élection de Donald Trump en 2016. En janvier, Parler a vu bondir le nombre de ses abonnés, ils avoisineraient les 20 millions d’internautes. Pour diriger Parler, Rebekah Mercer a choisi Mark Meckler, l’un des fondateurs du mouvement des patriotes du Tea Party, à l’extrême droite de l’échiquier politique.

C’est donc devenu une menace très concrète pour l’administration démocrate, non seulement en terme informationnel, mais aussi parce que gravitent autour de cette mouvance dite alt-right, ou droite alternative, des groupes radicalisés, capables de passer à l’acte, comme on a pu le voir le 6 janvier. L’inquiétude des autorités se nourrit également du fait que les différentes composantes de cette mouvance se retrouvent autour d’une passion commune pour les armes à feu.

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