Les dessous de l'infox, la chronique

Covid-19 au Brésil, la part de la désinformation dans l’aggravation de la crise

Audio 03:41
Un hôpital de campagne installé dans un gymnase à la périphérie de Sao Paulo, le 7 avril 2021.
Un hôpital de campagne installé dans un gymnase à la périphérie de Sao Paulo, le 7 avril 2021. © REUTERS - AMANDA PEROBELLI

Le variant brésilien du Covid constitue une inquiétude bien réelle pour la communauté internationale et met en évidence les errements autour de traitements supposés de la maladie, sans efficacité prouvée.  L’hydroxychloroquine en est l’illustration, présentée à tort par certains comme un « remède miracle », dans un pays qui connait à présent une explosion de la mortalité due au Covid-19. 

Publicité

Partout dans le monde, la communication sur le Covid-19 et les moyens d’enrayer la pandémie, s’avère difficile, mais le Brésil rencontre un handicap majeur avec le coronascepticisme de son leader : Jair Bolsonaro. Le pays compte ce vendredi 16 avril 2021 plus de 365 000 morts, mais le chef de l’Etat continue à cette date d’exclure toute mesure sanitaire telle qu’un confinement de la population. Lui qui a commencé par qualifier le virus de grippette, a fini par reconnaître qu’il s’agissait d’un défi à relever pour son pays, mais n’a cessé de recourir aux infox pour nuire aux gouverneurs locaux et aux maires qui tentaient de faire accepter les mesures barrières. Réticent face au port du masque, il a également privilégié de pseudo traitements de la maladie, au détriment des vaccins, et négligé la fourniture d’oxygène aux hôpitaux. A tel point que la Cour suprême a voté ce mercredi l’instauration d’une commission d’enquête sur sa gestion de la crise.  

L’obsession de l’hydroxychloroquine

 Au sujet des traitements possibles de la maladie, le président brésilien a jeté son dévolu sur l’hydroxychloroquine, et ce, en dépit des recommandations contraires de l’Organisation mondiale de la santé. Les recommandations onusiennes se basent désormais sur une accumulation d’études, dont on ne disposait pas il y a un an, mais les partisans de l’hydroxychloroquine, à l’instar de Jair Bolsonaro n’en démordent pas.  

Si ce médicament a pu susciter l’espoir au tout début de la crise sanitaire, très vite, le sujet est devenu polémique car aucune étude scientifique sérieuse n’est venue valider son efficacité concernant spécifiquement le traitement du Covid-19. Au contraire, les études se sont multipliées pour mettre en garde contre les effets indésirables de cet antipaludéen en traitement ou en préventif dans le cadre de la lutte contre le SARS CoV 2. Ce mercredi 14 avril 2021, la revue scientifique de référence Nature publie un nouvel article sur son site indiquant un lien entre l’accroissement de la mortalité et le traitement des patients covid à l’hydroxychloroquine. Il s’agit d’une méta analyse, c’est-à-dire, une analyse dont la méthode vise à compiler et synthétiser les résultats d’un grand nombre d’études médicales.

Mise en garde renouvelée de l'OMS

Le 2 mars 2021 déjà, l’OMS émettait une nouvelle mise en garde contre l’hydroxy chloroquine à des fins de prévention cette fois. Dans son communiqué, l’organisation cite les travaux d’un groupe d’expert publiés dans le British medical journal, se basant sur six essais randomisés prouvant que le recours à cet anti-inflammatoire ne permet pas de diminuer le nombre de décès ou d’hospitalisation pour un Covid-19.  

Face au récit complotiste, la réalité brésilienne

Mais quels que soient les éléments scientifiques avancés, la polémique a incité certains politiques à prendre fait et cause pour ce soi-disant remède. Les thèses inspirées par l’ultra-droite américaine, et des sites internet tels que Breibart news, donnent la parole à des groupes de médecins controversés. Tout comme son ami Donald Trump, le président brésilien Jair Bolsonaro a permis de donner un écho à ces groupes défiant la réalité de la pandémie. Les vidéos du groupe America’s Frontline Doctors en sont un exemple. L’une d’elle twittée par Simone Gold, montre un certain Dr. Richard Urso expliquer que « l’hydroxychloroquine tue l’industrie pharmaceutique encore mieux qu’elle ne tue le virus ». L’argumentaire suggère que si les autorités de santé et l’OMS ont décidé de disqualifier ce médicament c’est pour protéger leurs intérêts dans les Big pharma. Ces théories conspirationnistes parties des Etats-Unis ont vite fait de se répandre dans le monde entier grâce aux réseaux sociaux.

On a vu et entendu en France,  la député Martine Wonner déclarer à l’Assemblée nationale le 9 févirer 2021qu’au Brésil –grâce à l’hydroxychloroquine- les hôpitaux restaient vides. C’était faux, on était alors aux prémices d’une hausse exponentielle du nombre de décès. Et l’on en est aujourd’hui, au Brésil, à 3-4000 morts par jour. Mais la députée n’est jamais revenue sur ses déclarations. Au contraire, elle continue de mobiliser contre les masques, contre les vaccins et contre toute mesure d'endiguement du virus, relevant selon elle de la « dictature sanitaire ».

L’archarnement mis à défendre l’hydroxychloroquine envers et contre tout tient à ce scenario relevant du conspirationisme, selon lequel les autorités de santé et les laboratoires négligent les traitements au détriment des vaccins par conflit d’intérêt. Les propagateurs de ces thèses s’accrochent à une vision alternative de la réalité, que rien ne vient bousculer, pas même l’évolution catastrophique de la pandémie dans des pays comme l’Inde ou le Brésil. Face aux arguments politiques de ces mouvements de droite alternative, les faits et les données scientifiques sont relégués au second plan.

C’est ainsi que l’une des égéries du mouvement pour la « liberté de prescrire » notamment l’hydroxychloroquine, Simone Gold, par ailleurs activiste antivax de longue date, s’est retrouvée le 6 janvier dernier parmi les protestataires ayant forcé l’entrée du Capitole, parce qu’ils refusaient la victoire électorale de Joe Biden.

Si Jair Bolsonaro continue de gérer la crise sanitaire dans son pays comme l’a fait son mentor américain, rien ne semble pouvoir freiner l’emballement de la pandémie.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail