Les dessous de l'infox, la chronique

Covid-19 en Inde, le déni et la désinformation aggravent la crise

Audio 02:58
Une personne s'effondre de douleur après la crémation d'un proche, décédé du Covid-19, le 25 avril 2021.
Une personne s'effondre de douleur après la crémation d'un proche, décédé du Covid-19, le 25 avril 2021. © Channi Anand/AP

L’Inde connaît une deuxième vague de contamination dévastatrice, avec plus de 3600 morts par 24 heures et des hôpitaux débordés, en manque de lits et d’oxygène. Le variant B1-617, dit « indien » du coronavirus, plonge le pays dans une crise sanitaire majeure. Une nouvelle vague à laquelle le gouvernement Modi n’était pas préparé. Il a alors tenté de minimiser la catastrophe. Chronique réalisée en partenariat avec Pauline Auffret et Sophie Podevin de l’EPJT, Ecole publique de journalisme de Tours.

Publicité

Le pays s’en était très bien sorti pendant les premières vagues de 2020, mais les autorités ont crié victoire trop vite. Le gouvernement a donné le feu vert pour le pèlerinage de la Kumbh Mela, l’un des plus grands rassemblements religieux du monde, qui regroupe des milliers d’Indiens. D’une durée de plusieurs mois, il s’est tenu jusqu’au vendredi 30 avril. Des signaux d’alerte se faisaient pourtant entendre dès la fin février. Confrontées à la reprise de l’épidémie, les autorités ont tout fait pour faire taire les critiques. Facebook, Twitter et Instagram se sont vu intimer l’ordre de supprimer les messages dénonçant la gestion de la crise par le premier ministre Narendra Modi et son gouvernement. Et les plateformes ont obéi. Le monde entier découvrait alors sur les réseaux sociaux les images des centres de santé débordés et les corps brûlés dans des crématoriums improvisés, là où les Indiens se voyaient restreindre l’accès à ces informations.

Une censure par les autorités

Le gouvernement a expliqué qu’il fallait éviter tout mouvement de panique et a dénoncé l’utilisation d’images hors contexte. En réalité, de nombreux témoignages ont permis d’établir que les hôpitaux avaient atteint un point de rupture, et qu’ils faisaient face à une pénurie d’oxygène. Alors que certains responsables officiels commencent à peine à reconnaître cette réalité, d’autres continuent de relativiser, et de qualifier les informations les plus alarmantes de « fake news ». L’aide internationale commence néanmoins à arriver, avec des cargaisons de matériel médical. Aujourd’hui encore, les chiffres de contamination supérieurs à 380 000 nouveaux cas par jour sont une sous-estimation. En effet, ils se limitent aux cas enregistrés dans les établissements de santé, qui, débordés, ne peuvent donc pas accueillir tout le monde.

Un déni de la catastrophe sur Internet

La désinformation dépasse les frontières de l’Inde. Elle persiste en France. Le site France Soir, qui se présente comme un site de « réinformation » très suivi par les complotistes et les détracteurs systématiques des mesures anti-Covid, relaye les propos d’un médecin de l’Institut des sciences médicales en Inde pour qui le Covid-19 est une « maladie bénigne ». Il préconise de rester chez soi, de faire du yoga et de se soigner avec des remèdes de grand-mère. France Soir souligne également la création d’une « panique inutile ».

Sur Twitter, plusieurs publications vont dans le même sens et dénoncent une volonté de répandre la peur. C’est ce qu’affirme par exemple le responsable politique français Florian Philippot, dans une vidéo postée sur sa chaîne YouTube. « On tient les peuples sous le régime de la peur pour mieux les contrôler ! », explique-t-il. Sa chaîne YouTube compte 164 000 abonnés. « À quoi jouent-ils en Inde ?! » martèle Florian Philippot. Pour lui, la situation est bien plus grave en France si l’on s’en tient au nombre de morts rapporté à la population totale.

La vaccination incriminée à tort

L’homme politique, à la tête du parti « Les Patriotes » en profite pour discréditer la vaccination. Évoquant l’hypothèse selon le variant dit « indien » serait plus résistant aux vaccins, il préconise l’abandon de la vaccination.  Par ailleurs, une fausse corrélation a été établie par des internautes entre l’explosion des morts et le nombre de personnes vaccinées. Le 7 avril, France Soir explique que l'État du Maharashtra, un des leaders de la campagne de vaccination, comptait près de deux tiers des nouvelles contaminations la semaine précédente. Or, on ne peut pas imputer la situation actuelle en Inde aux vaccins, sachant qu’à peine 2% de la population a reçu les deux doses du vaccin à l’heure actuelle. Pour rappel, la pandémie en Inde vient de franchir la barre des 200 000 morts.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail