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La flûtiste franco-syrienne Naïssam Jalal sort son nouvel album, «Un autre monde»

Audio 03:56
Naîssam Jalal lors du tournage du clip «Le cri de la terre».
Naîssam Jalal lors du tournage du clip «Le cri de la terre». © Seka

Couronnée d'une Victoire du Jazz dans la catégorie « Album inclassable » en 2019, Naïssam Jalal poursuit sa quête musicale avec un double défi, celui de créer une musique qui traduit les espoirs et les combats du moment tout en faisant le grand écart entre un quintet de jazz et un orchestre symphonique. La flûtiste d’origine franco-syrienne sort donc Un autre monde, un double album enregistré avec son quintet Rhythms of Resistance et l'Orchestre national de Bretagne.

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C'est un voyage envoûtant et engagé qu'a imaginé Naïssam Jalal. Pour son huitième album, la flûtiste, chanteuse et compositrice franco-syrienne cherche à créer Un autre monde en musique.

« Il y a une dimension utopiste, onirique qui est vraiment de l’ordre du rêve, de cet autre monde qu’on espère, qu'on appelle de nos vœux parce que on est à la fin d’un monde qui doit se renouveler autrement, raconte Naïssam Jalal. Et puis, il y a une dimension contre le racisme, contre les frontières, contre le nationalisme excluant. Et une dimension écologique évidemment puisque c'est vrai que depuis maintenant 30, 40 ans, on est de plus en plus face à une urgence. Et comme la musique c’est un moyen d’expression d'émotions, les gens ressentent ces émotions, donc ils ne vont peut-être pas forcément comprendre que je parle du cri de la terre, mais ils vont entendre le cri. »

Ce cri, Naïssam Jalal l'exprime dans un dialogue virtuose et saisissant entre sa voix chantée et son instrument fétiche. « La flûte ça a toujours été ma voix, affirme-t-elle. Et de développer la voix dans le prolongement de la flûte, c’est une technique inspirée par les musiciens d’Afrique de l’Ouest, les musiciens peuls. Et la première fois que je l’ai entendu en dehors du cas traditionnel, c’était avec des jazzman comme Roland Kirk ou Magic Malik. »

Bercée par les chants arabes, formée en musique classique, mais aussi passionnée par le rap, le tango et l'afrobeat, Naïssam Jalal se nourrit de tout et se joue de toutes les catégories musicales.« Ça a toujours été mon travail, ma volonté d’effacer les frontières, que ce soit dans la géographie ou dans la musique. Moi-même, je suis le fruit de géographies différentes, nous explique-t-elle. Je suis d’origine syrienne, je suis née à Paris, j’ai vécu en Egypte, j’ai grandi au milieu d’une communauté malienne, algérienne aussi très importante, j’ai beaucoup côtoyé des musiciens d’Afrique de l’Ouest, je suis fan absolue de musique indienne, donc notre identité c'est quelque chose qu’on décide d’être et d’incarner.

Et ensuite, il y avait aussi ma place en tant que fille d’immigrés dans cette société où j’étais beaucoup dans la souffrance à ne pas être reconnue comme part entière de cette société, alors que de fait, on est 100% français tout en étant 100% autre chose aussi. »

Dans sa quête de sens et de sons, cette musicienne aux multiples identités réconcilie le jazz avec la musique savante dans ce double album : l'un enregistré en studio avec son ensemble Rythms of Resistance qui fête ses 10 ans, l'autre en live avec l'Orchestre national de Bretagne. Une alliance audacieuse, puissante où se mêlent rêve et résistance et qui pointe vers Un autre monde plus humain et ouvert.


 Un autre monde de Naïssam Jalal, enregistré avec son quintet Rhythms of Resistance et l'Orchestre national de Bretagne, est paru chez Les Couleurs du Son / L'autre distribution.

• À lire sur musique.rfi.fr : Naïssam Jalal rêve d’un autre monde (Interview)

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