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«Haïti mon amour», nouvel album de la pianiste franco-haïtienne Célimène Daudet

Audio 04:01
Couverture de l'album «Haïti mon amour» de Célimène Daudet.
Couverture de l'album «Haïti mon amour» de Célimène Daudet. © DR

C'est un retour aux sources. Avec son nouvel album Haïti mon amour, la pianiste franco-haïtienne Célimène Daudet part explorer une facette insoupçonnée de cette île des Caraïbes : l'univers de la musique classique. L'arrière-arrière-petite-nièce de l’écrivain Alphonse Daudet rend hommage à trois compositeurs haïtiens des 19e et 20e siècles – à travers des œuvres d'un métissage culturel étonnant – entre classicisme et vaudouisme. Rencontre avec Célimène Daudet.

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Née et formée en France, la pianiste franco-haïtienne Célimène Daudet ne connaît que quelques tableaux naïfs et des bribes de créole lorsqu'elle part à la découverte du pays de sa mère.

« Haïti a toujours été un pays complexe. C’est quand-même la première République noire qui a obtenue son indépendance dans le sang et dans la douleur. Néanmoins, l’art permet aux Haïtiens d’exprimer autre chose que la difficulté de vivre. À chaque coin de rue, vous entendrez des gens qui chantent, vous verrez des gens qui sculptent, qui peignent, donc l’art est vraiment au cœur de la vie des Haïtiens. »

Pour apporter sa pierre à l'édifice du pays, Célimène Daudet fait venir un piano de concert et crée, en 2017, le premier festival de musique classique sur l'île.

« On croit que la musique classique ne court pas les rues en Haïti. Mais j’ai appris par ma mère qui est haïtienne que, en Haïti, sur les places du village où elle vivait, la musique classique était diffusée dans des haut-parleurs, de l’opéra, et bien plus que ça encore. Il y a des compositeurs haïtiens de musique classique que j’ai découverts au gré de mes voyages et rencontres en Haïti ces dernières années. Et au fur et à mesure de discussions, de recherches d’histoire, j’ai pu reconstituer une partition de la musique classique haïtienne qui se situe principalement à la fin du 19e et au début du 20e siècle, des œuvres magnifiques, des pépites musicales extrêmement sensibles, extrêmement poétiques. »

L'arrière-arrière-petite-nièce de l’écrivain Alphonse Daudet est partie sur les traces de trois compositeurs haïtiens.  

« Ludovic Lamothe qui l'on surnommait dans les Caraïbes le ‘Chopin noir’, très inspiré par ce lyrisme, cette manière de faire chanter le piano. Justin Elie et Edmond Saintonge ont écrit des méringues instrumentales qui sont en apparence des danses sensuelles et qui sont en réalité des cris de révolte, une manière d'affirmer haut et fort la culture haïtienne face à l'occupation américaine à partir de 1915. Ces trois compositeurs ont étudié au Conservatoire de Paris, puis sont rentrés en Haïti où ils ont exercé leur art et ils ont composé une musique qui est une sorte de métissage entre une tradition d’écriture occidentale et des rythmes traditionnels de danse haïtienne, des mélodies populaires. Il y a aussi une inspiration directement du vaudou, donc c’est ce mélange magnifique qui pour moi porte un récit assez fort de notre histoire commune. »

Entre icônes vaudouesques et méringues, Célimène Daudet livre un récit engagé et passionnant de ce répertoire méconnu, une véritable déclaration d'amour à Haïti en touches délicates de son piano.


 Haïti mon amour, un album de Célimène Daudet sorti chez NoMadMusic.

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