Reportage Afrique

[Série «Un objet» 6/7] Ghana: le tabouret Ashanti, une histoire de pouvoir

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Des tabourets traditionnels exposés au Centre artistique d’Accra (Ghana), le 9 février 2021.
Des tabourets traditionnels exposés au Centre artistique d’Accra (Ghana), le 9 février 2021. © Vincent Pailhé/RFI

Au Ghana, le principal attribut du pouvoir politique est un trône d'un genre particulier : le tabouret en bois sculpté originaire du peuple ashanti, l’un des principaux groupes ethniques du Ghana.

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Au marché d’art d’Accra, un objet se distingue parmi tous les autres : le tabouret ashanti. Hauts d’une cinquantaine de centimètres, ces tabourets en bois poli sont composés de trois parties : un siège incurvé, une base plate et entre les deux, une structure de support aux formes complexes. Ils sont traditionnellement fabriqués à partir d’un seul bloc de bois, précise Nicholas Nettui, l’un des artisans majeurs du marché. « Ils sont taillés à la main, et pas avec n’importe quel bois. Chaque client exige son propre bois, en fonction de sa tribu : du cèdre, de l’acajou, du teck, du bois de rose ou du karité… »

Car ses clients ne sont pas n’importe qui : les tabourets sont destinés aux chefs traditionnels. « Si vous êtes un chef, vous devez vous asseoir sur un tabouret. Non seulement le chef, mais aussi les princes premiers-nés. Et chacun aura son propre tabouret, différent des autres. »

Les origines du tabouret remontent à une ancienne tradition ashantie : celle du Tabouret d’Or, dont les rois ashantis tirent, encore aujourd’hui, leur légitimité. « Dans les temps anciens existait un Grand Prêtre appelé Okomfo Anokye. Il alla voir le roi des Ashantis, il fit descendre du ciel le Tabouret d’Or, et il lui donna. C’est ce Tabouret d’Or que vénèrent maintenant les Ashantis. Ils le gardent toute l’année dans une pièce secrète, la Chambre du Tabouret. Il n’est sorti qu’une fois par an, pour que le public puisse l’admirer de ses propres yeux. »

Mais ce symbole ne concerne pas seulement les Ashantis, explique l’historien ghanéen Osei Bonsu Safo-Kantanka. « Pour la majorité des Ghanéens des régions centrales et méridionales, le tabouret est un symbole du pouvoir politique. Les Ghanéens croient que le tabouret est le médium à travers lequel leurs dirigeants communiquent avec Dieu tout-puissant au nom du peuple. Religieusement, socialement, politiquement, la plupart des Ghanéens s’en remettent à Dieu à travers le tabouret. »

Ce symbole est omniprésent dans la vie politique ghanéenne. Ainsi, le président peut choisir d’offrir un tabouret aux personnalités qu’il souhaite distinguer, comme en 2018 à l’ambassadrice chinoise Sun Baohong. L’entrée de la Jubilee House, la résidence présidentielle, a d’ailleurs elle-même la forme d’un tabouret !

 

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