Reportage Afrique

Éthiopie [2/2]: un retour inconcevable au Benishangul-Gumuz

Audio 02:19
Tigréens fuyant les combats et cherchant refuge au Soudan (Photo d'illustration).
Tigréens fuyant les combats et cherchant refuge au Soudan (Photo d'illustration). REUTERS - MOHAMED NURELDIN ABDALLAH

Reportage auprès des réfugiés du conflit au Benishangul-Gumuz, région rurale de l’ouest du pays, secouée par des massacres intercommunautaires depuis le mois de novembre. On y dénombre officiellement des centaines de morts et des centaines de milliers de déplacés mais le bilan pourrait être bien plus lourd. La province se vide doucement de ses habitants. Plus de 8 000 Gumuz se sont réfugiés au Soudan. Côté éthiopien, environ 100 000 Amharas ont trouvé refuge dans la province voisine. Dépassées par les événements, les autorités aimeraient voir ces réfugiés retourner sur leurs terres au Benishangul-Gumuz. Un retour inconcevable pour la plupart d’entre eux.

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À Chagni, la nourriture manque pour les 48 000 réfugiés arrivés ces dernières semaines. En visitant le camp, la ministre éthiopienne des Transports, Dagmawit Moges, promet d’augmenter les rations de chacun avant qu’ils puissent, à terme, regagner leurs terres. « On doit travailler dur pour s’assurer qu’ils retournent bien dans leurs villages respectifs et qu’ils puissent être autosuffisants, plutôt que d’être dépendants de l’aide de l’État », s'exclame la ministre. Mais un retour est-il possible ? Est-il vraiment envisageable, compte tenu des combats encore en cours dans la zone de Metekel ?

Alors qu’elle visite l'une des tentes du camp, un homme interpelle la ministre. « On en a marre de retourner sur nos terres, de recommencer les cultures et de nous faire piller nos champs par les milices. C’est toujours la même chose depuis quatre ans. On retourne chez nous, on reconstruit tout et on finit par tout perdre. Tous les deux ans, l’armée nous dit que c’est assez sécurisé, et tous les deux ans on se fait tuer. »

Pour la plupart des réfugiés de Chagni, c’est déjà le deuxième exil, parfois même le troisième, toujours dû aux violences. « Plutôt que de nous envoyer nous faire assassiner à Metekel, poursuit cet homme, le gouvernement doit nous reloger dans des districts, où il n’y pas la guerre et où on peut travailler. Il y a beaucoup de terres inhabitées en région Amhara, pourquoi ils ne nous les donnent pas ? »

Selon les réfugiés, le danger est omniprésent dans la zone de Metekel. En cause, la guerre de milices évidemment, mais aussi le gouvernement militaire en place. « Nous, Éthiopiens, on fait toujours confiance à notre armée évidemment. Mais là j’ai des doutes sur les chefs de l’armée à Metekel », explique Said Kebede qui remet en cause le fonctionnement du gouvernement militaire. « En septembre, j’ai prévenu un des colonels que des attaques allaient avoir lieu très prochainement. Il m’a ignoré, il m’a dit que c’était de la désinformation. Trois jours plus tard, quatorze personnes ont perdu la vie. »

Pour accélérer leur retour, le gouvernement veut entraîner et armer les réfugiés. Le chiffre de 9 000 miliciens a été annoncé. Mais le projet a pris du retard. « On a fait la demande il y a longtemps et l'armée avait refusé » selon Demelesh Berhanu, commissaire de police de Chagni. « Maintenant, quelques uns des réfugiés prennent part à une formation de miliciens dans la ville de Mandura. Ils sont 612 à être entraînés. Si on continue comme ça, ça va être difficile de pouvoir se battre. On doit accélérer les formations pour régler la situation. »

Selon certains observateurs, armer les réfugiés ne serait pas la meilleure des solutions pour mettre un terme aux combats. Des milices supplémentaires pourraient tout simplement faire plonger la province du Benishangul-Gumuz dans un nouveau chaos.

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