Reportage Afrique

Le Médibus, une clinique mobile pour les plus précaires dans les rues de Tunis

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Une femme faisant la manche dans les rues de Tunis. (Photo d'illustration)
Une femme faisant la manche dans les rues de Tunis. (Photo d'illustration) Universal Images Group via Getty - Godong

Cela fait un an qu’une clinique mobile arpente les rues du Grand Tunis. Mis en place au début du confinement de mars dernier, le dispositif permet de rejoindre, sur le terrain, des personnes en grande précarité, sans abri, exclues du système. Reportage à bord du Médibus.

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Jusqu'à présent cet homme sans abri, la soixantaine, refusait de parler aux soignants. Cette fois, c’est de bon cœur qu’il accepte la main tendue. Cela fait un an que Rahma Saadouni, infirmière, arpente à la nuit tombée, les rues de Tunis avec l’équipe du Médibus. Elle témoigne : « La dégradation sur le plan économique et sociale est palpable. La misère s’installe en Tunisie. »

Les profils des bénéficiaires sont nombreux. « Il y a les UDI, les usagers des drogues injectables, les travailleuses du sexe, les Tunisiens de retour de l’Union européenne, qui ont été expulsés d’Europe, il y a des personnes qui ont passé de longues périodes en prison... » selon Rahma Saadouni.

À bord d’un camping-car aménagé en clinique mobile, du matériel médical, des collations, des kits sanitaires, d’hygiène, et une équipe formée d’une infirmière, d’un psychologue, d’un bénévole autour d’un médecin coordinateur. « J’étais dans un cabinet dans le privé, je suis médecin généraliste. J’ai tout lâché et je suis à plein temps avec le Médibus maintenant » nous raconte le docteur Taieb Ben Alaya.

« Personnellement je ne savais pas qu’il y avait autant de gens qui vivaient dans la rue sur le Grand Tunis. Là on découvre de jour en jour que le nombre est en train d’augmenter. En fait on est là à la base pour une assistance médico-psycho-sociale et on travaille avec beaucoup de partenaires. »

Au cours d'une visite, un homme les laisse difficilement repartir pour terminer leur maraude. « Il ne voulait pas qu’on parte », nous explique le docteur Taieb Ben Alaya. « Il était un peu ému. Ce petit moment d’échange est important pour lui parce les gens dans la rue sont jugés, stigmatisés, ils ne sont pas très bien accueillis par les citoyens donc quand ils voient des gens qui viennent justement pour répondre à leurs besoins, ils s’attachent. »

Nous prenons la direction de Bab Souika, au cœur de la capitale où des gens squattent les trottoirs : des familles, des hommes seules, des mères célibataires… Sur place, des habitués reconnaissent le véhicule aux couleurs de Médecins du Monde. Une famille avec une fillette de deux ans s’apprête à dormir là, sous les arcades. « Avec ma fille et ma femme, on vit dans la rue », nous explique son père toxicomane qui connaît bien l’équipe médicale. « On se drogue. Chaque semaine ils viennent et nous donnent ce dont on a besoin. Ils nous font du bien. Si on est malade, soit ils nous donnent les médicaments, soit ils nous envoient à l’hôpital. Ils nous fournissent des produits d’hygiène, des seringues, des bavettes et pour ma fille des couches et du lait. »

Afin d’incorporer la dimension psychologique dans l’accompagnement, un psychologue clinicien, Rédouane Rédiya, a intégré le dispositif. « Il y a des médecins qui interviennent pour tout ce qui est corporel, mais ça n’est pas suffisant, affirme le psychologue. C’est pour cela qu’on est là. La majorité des SDF ont vécu des traumatismes psychologiques. »

Ces maraudes nocturnes, en plein couvre-feu, permettent aussi à des bénévoles d’étoffer l’équipe. « Ça donne du sens à ma vie », nous dit Echrak Ezzani, qui est dentiste. « Après tout, on est des humains. Ce sont des êtres humains comme moi. C’est évident de les écouter, d’être là pour eux et de donner de l’amour. C’est tout. »

Un centre d’accueil de jour va ouvrir ses portes très prochainement pour compléter le dispositif d’aide aux personnes de la rue.

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