Reportage Afrique

En Éthiopie, le Tigré en pleine crise humanitaire

Audio 02:08
Vue de la ville de Mekele, dans le Tigré, région au nord de l'Éthiopie, le 10 décembre 2018 (illustration).
Vue de la ville de Mekele, dans le Tigré, région au nord de l'Éthiopie, le 10 décembre 2018 (illustration). Maggie Fick/Reuters

Après plus de quatre mois de combats dans la région du Tigré, le gouvernement assure que plus de 3 millions de personnes – soit la moitié de la population – ont pu bénéficier de l’aide humanitaire. Mais la situation demeure extrêmement précaire, avec des centaines de milliers de déplacés arrivés dans les villes. Les organisations humanitaires peinent à accéder aux zones rurales, où des milliers de personnes sont toujours prises au piège des combats qui se poursuivent. Un reportage de Maria Gerth-Niculescu.

Publicité

Ils ont parfois marché plusieurs semaines pour rejoindre la capitale du Tigré, des dizaines de milliers de déplacés sont arrivés à Mekele pour fuir les combats dans la région. Des écoles ont été transformées en camp de fortune mais les familles manquent de tout.  « Voici l’eau que nous buvons. Comme vous pouvez le voir le récipient est sale », nous montre Gebresisay qui a fui son village et vit dans une salle de classes transformée en dortoir. « Ici, il n’y a pas assez d’eau, de nourriture ou de vêtements. Nous ne recevons pas d’aide du gouvernement. »

Le gouvernement assure que plus de 3 millions de personnes ont eu accès à l’aide humanitaire. Mais les déplacés disent survivre grâce à la mobilisation des résidents de Mekele. Mahlet organise bénévolement des distributions de nourriture dans les hôpitaux et camps de déplacés. « Le gouvernement ne fait pas bien son travail, il ne fait que cacher la vérité, c’est pour ça que je suis ici. Ce n’est pas mon travail, je suis bénévole, j’aide ma population », nous dit Mahlet.

En dehors de Mekele, la situation est encore plus précaire. Certaines ONG parviennent à opérer le long des routes principales. Mais dans les campagnes, l’accès est limité en raison de l’insécurité. Mehari organise une distribution de blé dans la ville d’Adigrat. Il assure que des combats se poursuivent à quelques kilomètres de là. « Il y a des problèmes et nous avons peur. Savez-vous où se trouve l’armée maintenant ? Nous avons entendu des coups de feu, l’armée érythréenne est dans les villages, les habitants ont peur d’eux et nous n’avons pas accès à eux. »

60 kilos de blé pour nourrir cinq enfants pendant deux mois… Cette mère célibataire a pu bénéficier de l’aide après des semaines d’attente. « Comment cela pourrait suffire pour deux mois ? Cela ne peut pas nous nourrir pendant deux mois. Je suis très inquiète, comment nourrir mes enfants ? Je m’inquiète de les laisser le ventre vide. En ce moment les personnes pauvres manquent de moyens. Tout est devenu très cher. Nous voulons la paix, pour pouvoir circuler librement, travailler, manger… » témoigne cette mère.

Un officiel indique que près de 200 000 déplacés sont également arrivés dans la ville. Mais les moyens sont insuffisants pour faire face à cette crise humanitaire. Des organisations alertent même sur un risque de famine dans certaines zones du Tigré.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail