Reportage Afrique

En Éthiopie, les viols comme arme de guerre dans le Tigré

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Une vue de la région du Tigré en Éthiopie, entre Adrigat et Askoum. (Photo d'illustration)
Une vue de la région du Tigré en Éthiopie, entre Adrigat et Askoum. (Photo d'illustration) Getty Images - Alex Saurel

Des centaines de cas de viols ont été rapportés à travers le Tigré depuis le début de conflit – qui se poursuit depuis maintenant quatre mois. Les hôpitaux ont reçu de nombreux cas d’avortements ou de blessures graves suite à ces viols. Les victimes souffrent de traumatismes psychologiques. De possibles crimes de guerre, mais pour l’instant aucune instance d’investigation indépendante n’a été autorisée à accéder à la région.

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Enroulée dans une couverture rose, une jeune fille attend pour se faire avorter, trois mois après avoir été violée alors qu’elle tentait de rejoindre sa famille. Ce gynécologue à l’hôpital de Mekele se dit dévasté par la gravité des cas qu’il a dû traiter depuis le début du conflit – plus de 150 victimes au cours du dernier mois. « De nombreux cas présentent des symptômes de stress post-traumatique, ainsi que des traumatismes génitaux. J’ai même vu une patiente qui était séropositive », témoigne ce médecin.

Certaines ont pu trouver refuge dans un endroit spécialisé. Elles souhaitent toutes rester anonymes. « Ils sont venus dans chaque maison et ont fait sortir les hommes. Ils m’ont laissée à l’intérieur donc je suis restée à la maison puis ils m’ont violée. Trois soldats m’ont violée puis quand ils sont partis je me suis évanouie car je saignais trop », nous raconte une jeune femme âgée de seulement 20 ans.

Malgré son traumatisme, elle estime être parmi les chanceuses qui ont pu s’échapper. « Beaucoup de femmes sont victimes mais elle n’ont pas pu venir ici. Nous voulons travailler et suivre une éducation. Nous voulons que les problèmes s’arrêtent et que la communauté internationale nous écoute. »

En dehors de Mekele, on retrouve les mêmes récits de viols collectifs. Dans l’hôpital d’Adigrat, un médecin a compté 174 cas depuis le début des hostilités. Il raconte qu’une des victimes a été kidnappée pendant plus de dix jours. « Ils lui ont injecté deux drogues. Elle a perdu connaissance et ne sait pas ce qui s’est passé pendant la nuit. Ils l’ont jetée sous un arbre, sur des pierres. Elle explique qu’elle a été violée par 23 soldats érythréens. »

Le gouvernement assure investiguer les cas de viols présumés, mais pour l’instant aucune instance indépendante n’a été autorisée à entrer au Tigré. Les Nations unies alertent sur de possibles crimes de guerres.

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