Reportage Afrique

Ethiopie: les élections vues depuis le Sidama, la jeune région créée il y a deux ans

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Le drapeau non officiel de la région Sidama.
Le drapeau non officiel de la région Sidama. Michael TEWELDE / AF

L’Éthiopie votera non pas le 5 juin comme le voulait le calendrier électoral, mais deux semaines plus tard, le 21 juin… Un retard que la commission électorale impute aux trop nombreux retards logistiques dus à l’insécurité dans plusieurs parties du pays. La province du Tigré, en guerre depuis près de sept mois, ne votera pas, toutes comme certaines autres circonscriptions, théâtres de violences communautaires. En revanche, une province, elle, votera pour la première fois depuis sa création en 2019. Le Sidama est la dernière région éthiopienne à avoir vu le jour, et elle le doit en partie au Premier ministre Abiy Ahmed.

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De notre correspondant à Addis-Abeba,

C’est en bordure du lac Awassa que se sont retrouvés des centaines de militants du Parti de la Prospérité, le parti au pouvoir, pour poursuivre la campagne électorale.

Ashenafi Beggule s’attend à un plébiscite en faveur du Premier ministre Abiy Ahmed, qui a permis au peuple Sidama de se prononcer pour l’autonomie. « Les Sidamas réclamaient leur indépendance depuis plus de 130 ans. Et lorsque Abiy Ahmed est arrivé au pouvoir, ils l’ont reçu en moins d’un an. Grâce à cela, son Parti de la Prospérité est très populaire ici. Car en plus de tenir promesse, ils agissent vite », fait-il valoir.

Adene Asrat, un enseignant, observe le rassemblement. « Les Sidamas sont très heureux et prêts à élire Abiy Ahmed. Car il a répondu à leur demande. »

Cependant, selon lui, le Sidama représente plutôt l’exception que la règle aujourd’hui en Éthiopie. « Dans les régions Amhara, Oromia et au Tigré, le gouvernement se doit de stabiliser la situation. Car si les conflits et la guerre civile ne sont pas réglés, comment peut-on élire sereinement un nouveau gouvernement ? », s'interroge-t-il.

Le référendum de 2019 était un raz de marée. 98% de participation, et 98% de « oui » à l’autonomie régionale. « Pour ce référendum, il y a une mobilisation totale. On trouve rarement quelqu'un originaire du Sidama opposé à ce référendum. D'ailleurs, pour cette question, le docteur Abiy a énormément de soutiens », assure Dejene Woldeamanuel, l'un des leaders du Sidama Unity Party, qui militait pour l’autonomie depuis des décennies.

Mais voilà, au Sidama aujourd’hui, la mobilisation des électeurs n’est pas aussi importante que lors du référendum de 2019. « La participation est influencée par la situation sécuritaire, observe le docteur Melisew Dejene est professeur en études de développement à l’Université d’Awassa. Les gens ont peur. Et d’après les chiffres, je peux dire que je suis surpris par le nombre d’électeurs inscrits en région Amhara, à Addis-Abeba et dans d’autres régions, dont le Sidama. C’est bien moins que ce que l’on imaginait. »

En effet, dans cette province de 4 millions d’habitants, les listes électorales indiquent qu’il y a quasiment un million d’électeurs de moins aujourd’hui que lors du référendum pour l’autonomie il y a deux ans.

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