Reportage Afrique

Sauvé in extremis, le pigeon rose s’épanouit dans les zones endémiques de Maurice

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Pigeon rose de profile.
Pigeon rose de profile. © RFI/Abdoollah Earally

Unique à Maurice, le pigeon rose a failli s’éteindre comme le dodo. Dans les années 1990, il ne restait que neuf individus dans l’île. Mais aujourd’hui, grâce aux efforts d’une ONG locale, d’un naturaliste britannique et des autorités mauriciennes, l’oiseau a été sauvé in extremis. Il peuple désormais les régions endémiques du pays. Reportage dans la vallée de Ferney, à la découverte de ce magnifique oiseau, appelé aussi pigeon des Mares.

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De notre correspondant à Port-Louis,

La vallée de Ferney est un régal pour les yeux, une expérience inépuisable. Dans cette forêt endémique se trouve la créature qui a failli connaître le même sort que le dodo, le pigeon rose. « Le pink pigeon reste un des projets phares avec la crécerelle de Maurice. Ce sont les espèces que nous avons sauvées de l’extinction. Il n’en restait qu’une dizaine », explique Benoit de Lapeyre.

Il est chargé de lever des fonds à la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), l’ONG locale qui a piloté la mission de sauvetage de cette espèce. Benoit de Lapeyre éprouve toujours la même joie quand il entend les bruissements d’ailes du pigeon rose, connu aussi comme le pigeon des Mares, du nom de la région où il avait été aperçu pour la première dans l’île. 

Il nous conduit à la station d’observation de la MWF dans le creux de la vallée de Ferney. « Ça, c’est le pigeon des Mares, c’est notre pigeon à nous, notre espèce mauricienne à nous que vous ne retrouverez nulle part ailleurs. C’est son état naturel, c’est là où il vit, c’est là où il devrait aussi survivre », fait-il valoir.

Ce n’est qu'en 2016 que le pigeon rose a été introduit dans la vallée de Ferney, où vit une population relativement stable d’une trentaine d’individus. Tous se ressemblent aux yeux des profanes, mais pas pour nos deux biologistes, Stephan Mellier et Youdhish Seechurn, qui déchiffrent aux jumelles les bagues attachées aux pattes des pigeons roses qui viennent de se poser à côté d’une volière. 

Les oiseaux sont tous bagués et portent une identité, un nom qui est lisible via les jumelles. « Vous voyez la mangeoire qui se trouve ici, montre Stéphan Mellier. C’est grâce à cela que nous pouvons estimer la population. On fait des observations matin, midi et après-midi. On observe que les mâles viennent le matin et l’après-midi, tandis que les femelles viennent à midi la plupart du temps. Cela nous aide aussi à savoir s’il y a des nids ou pas. On va dans la forêt pour les chercher ».

Youdhish Seechurn a appris à imiter les chants du pigeon rose. Il simule là son cri territorial. Le biologiste émet un autre chant du pigeon des Mares. « Lorsqu’on marche dans la forêt, si on entend ce cri, cela veut dire qu’un pigeon vient d’atterrir. C’est unique, les autres pigeons ne font jamais ça ».

Le pigeon des Mares a une robe irréprochable : plumage rose pâle sur la tête, sur son ventre et sur une partie de son dos. Son bec et ses pattes sont également roses. C’est le plus grand oiseau terrestre ayant survécu à Maurice. Dans les années 1990, il n’en restait que neuf individus. La longue et méthodique mission de sauvetage a été menée par la MWF sous la direction experte du regretté naturaliste britannique Gerald Durell et les autorités mauriciennes.   

Aujourd’hui, cet oiseau emblématique constitue une population d’environ 500 individus répartis dans les zones endémiques protégées de l’île qui sont les gorges de la Rivière noire, la Forêt d’Ébène, l’île aux Aigrettes et à la vallée de Ferney. 

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