Reportage France

La Butte Rouge, cité-jardin ouvrière menacée

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Barbara Gutglas, Jean-Claude Charrier et Marc Sirvin défendent l'historique cité-jardin de la Butte Rouge que la mairie de Châtenay-Malabry souhaite réaménager.
Barbara Gutglas, Jean-Claude Charrier et Marc Sirvin défendent l'historique cité-jardin de la Butte Rouge que la mairie de Châtenay-Malabry souhaite réaménager. © RFI/Alexis Bédu

« Partout dans le monde il y a cette folie de détruire ». Ces mots publiés dans Le Monde sont ceux d'Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, prix Pritzker 2021, la plus prestigieuse récompense en architecture. C'est justement d'un projet de destruction qu'il s'agit ici, celui de la Butte Rouge, cité-jardin édifiée dans les années 1930 à Châtenay-Malabry, à dix kilomètres au sud de Paris. La mairie prévoit un large plan de réaménagement de cette cité ouvrière. Certains habitants et des architectes lancent la fronde de peur de voir le quartier défiguré.

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Il est encore émerveillé quand il promène son regard sur les façades roses pastel des immeubles. Jean-Claude Charrier n'imagine pas un instant quitter sa cité. Il y est né en 1942 et vit toujours dans sa maison de naissance. « Le plan, à mon avis, c'est de se débarrasser d'une population qui ne rapporte maintenant plus rien à la mairie. On veut changer la population, se débarrasser des gens qui n'ont pas de moyens, qui sont locataires et qui ne paient pas de taxe d'habitation », s'exclame cet habitant.

Son père était ouvrier chez Renault. C'est justement pour mieux loger les ouvriers qu'Henri Sellier, ministre de la Santé publique sous le Front populaire, lance l'idée de cette cité jardin. Nous sommes alors dans les années 1930. 90 ans plus tard, la mairie met en avant la dégradation des bâtiments et certains logements insalubres. Des arguments non recevables.

« La mairie communique sur un écoquartier. Raser une cité-jardin pour faire un écoquartier, cela n'a pas de sens selon nous », soupire Marc Sirvin, descendant de deux architectes ayant conçu la Butte Rouge. « Et surtout au niveau de l'écologie, on va détruire des bâtiments qui sont sains pour la plupart et facilement réhabilitables. Les détruire, créer des gravats pour construire à nouveau, c'est un non-sens total. Ce dont on est certains, c'est qu'il y aura moins d'espaces verts. Vu la disposition des nouveaux bâtiments sur le plan – cela reste encore très schématique, on ne sait pas à quoi ils ressembleront – on sait que ce sera plus dense, plus haut et plus épais. »

Des jardins, de larges squares de verdure entourent les 4 000 logements sociaux. 80% de ces bâtiments seraient détruits dans le projet de la mairie. Barbara Gutglas est une architecte à la retraite militant pour la sauvegarde de la Butte Rouge. « 70 ha ! Je crois qu'il y a des promoteurs qui en bavent. En région parisienne, à 10 kilomètres de Paris, avec le tram... Il y a des promoteurs qui veulent absolument construire alors que nous pensons que c'est un joyau. C'est l'histoire, le patrimoine. Il n'y a pas que les châteaux à Versailles à garder », nous dit cette militante.

Sollicitée par les opposants au projet, Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, exige le classement de la Butte Rouge comme « site patrimonial et remarquable ». Le maire de Chatenay Malabry s'y est engagé sans remettre en cause le plan de réaménagement.

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