Reportage France

À Nancy, le service de réanimation ne désemplit pas

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Une vue du CHRU de Nancy. (Photo d'illustration)
Une vue du CHRU de Nancy. (Photo d'illustration) AFP - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

En France, les déplacements ne sont désormais plus limités en journée. Le pays entame une levée de ses mesures de restrictions face à l'épidémie de Covid-19. Le président Emmanuel Macron a précisé le calendrier, en fin de semaine dernière. Les français peuvent se mettre à rêver d'un début de retour à la vie normale. Pourtant, les services de réanimation des régions les plus touchées par le virus, en région parisienne, dans le Nord et l'Est de la France, connaissent un pic de leur activité. Au CHRU de Nancy, dans le Nord-Est, on n'avait pas connu une telle situation depuis la seconde vague.

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Le recul des hospitalisations enregistré au niveau national, à Nancy, on ne fait encore que l'espérer. Le service de réanimation est arrivé au maximum de ses capacités. Tous les lits qui ont pu être adaptés l'ont été. Il y en a désormais trente, soit deux fois plus qu'en période normale. Vingt-sept sont occupés par des patients Covid-19.

Carine Thivilier est praticien hospitalier dans ce service. « On a vu le pic de la troisième vague arriver il y a à peu près trois semaines. Là, nous sommes en plateau alors que la levée de confinement va s'effectuer. On est un peu inquiets de la suite. Il n'y a pas de décrue suffisante pour absorber un nouveau pic » s'inquiète Carine Thivilier.

Un nouveau pic, cela voudrait dire du personnel qualifié supplémentaire et c'est désormais quasiment introuvable.  Des déprogrammations d'opérations ont permis de faire venir des infirmières en renfort mais le service de réanimation de Nancy doit aussi faire face à l'épuisement de l'équipe et un absentéisme grandissant.

Dans son bureau, Martine Fantauzzo, la cadre de santé, est plongée dans les plannings. Il n'est pas rare qu'elle fasse appel à des soignants en congés. « Aujourd'hui, deux agents viennent en heures supplémentaires. Si elles n'avaient pas accepté, il aurait manqué deux infirmières. On arrive quand même à trouver des solutions en fonction de l'activité d'autres services pour qu'une infirmière vienne nous aider ponctuellement », explique Martine Fantauzzo.

Des soignants à bout de souffle

Les renforts qualifiés pour la réanimation sont une denrée rare malgré les formations mises en place entre les deux dernières vagues de l'épidémie. Marjorie en fait partie. À 45 ans, cette infirmière, qui travaille d'habitude en salle de réveil, a rejoint la réanimation, il y a deux jours. Elle s'est portée volontaire.

« Je trouve cela normal, quand on peut, de venir aider. Je trouve qu'il n'y a pas encore assez de monde par rapport à la charge de travail : il faut toujours être en surveillance sur le patient. J'embête mes collègues en leur demandant des conseils », raconte Marjorie. « Cela prend un peu plus de temps mais le travail est fait de la même manière », rassure la cadre de santé.

Si elle n'a pas les réflexes de certains de ses collègues, Marjorie a l'énergie qui commence à manquer à beaucoup. Julia Rémy retire sa blouse de protection en sortant de la chambre d'une patiente. Cette infirmière d'une trentaine d'années n'a pas plus de quelques minutes pour nous résumer l'épreuve que son équipe traverse. « On a pas d'issu, on ne sait pas quand ce sera fini. Beaucoup de collègues partent, on les comprends », dit-elle.

Dans la chambre d'à côté, des aide-soignants s'activent. Le lit est vide mais pas pour longtemps.Tout doit être désinfecté au plus vite pour accueillir un nouveau patient.

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