Reportage France

D’anciennes domestiques d’un membre de la famille royale saoudienne racontent l’enfer subi

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Drapeau saoudien dans la capitale Riyad.
Drapeau saoudien dans la capitale Riyad. FAYEZ NURELDINE AFP/File

L'affaire a été révélée par un article du Parisien début juillet. Sept anciennes domestiques pour la plupart philippines ont déposé plainte entre octobre 2019 et juillet 2020 pour esclavage moderne (officiellement traite d'êtres humains) devant le parquet de Nanterre à l'encontre d'un membre de la famille royale saoudienne qui leur faisait vivre un véritable enfer. Sous couvert d'anonymat, trois d'entre elles ont accepté de témoigner.

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« Je suis partie en Arabie saoudite parce que j'avais besoin d'argent pour aider ma famille. J'ai deux enfants, ça fait cinq ans que je ne les ai pas vus. »

L'histoire commence toujours de la même manière : de jeunes Philippines recrutées sur place par des intermédiaires pour le compte de familles saoudiennes. Depuis quelques années, le gouvernement philippin impose aux nombreux et surtout aux nombreuses candidates au départ de signer un contrat de travail. « Oui, c'est vrai on signe un contrat, mais ils disent que c'est juste une formalité, dans le contrat il est marqué qu'on a le droit à des congés payés, à des jours de repos, mais une fois sur place, rien ! »

« Les enfants nous traitent comme des animaux »

On leur promet aussi entre 400 et 500 dollars par mois. En vérité, elles ne sont payées que 300 dollars et leurs conditions de travail auprès de la famille d'un des nombreux princes de la famille royale saoudienne n'ont rien à voir avec ce qui était promis. « Le travail est très dur, on ne s'arrête presque jamais, on mange les restes, je dors sur le sol, sans lit parce que je dors avec les enfants du prince. Et les enfants nous traitent comme des animaux. Ils me crachent au visage, ils me frappent. » La réaction des parents ? « Ça les faisait rire. »

Elles sont aussi à la merci des hommes de l'entourage du prince. « Un jour, l'un d'entre eux m'a appelée dans sa chambre. Il m'a dit : "Viens, j'ai un cadeau pour toi". Quand je suis rentrée, la pièce était plongée dans le noir et il ne portait pas de vêtement, j'ai eu si peur. »

La famille les emmène souvent avec elles en vacances en France dans un immeuble qui lui appartient dans un quartier huppé de Neuilly, tout près de Paris. C'est là que comme beaucoup d'autres avant elles, elles décident de s'échapper, au petit matin, parfois sans passeport avec très peu d'argent.

« La traite, c'est la chosification de quelqu'un »

C'est là qu'elles entrent en contact avec Anick Fougeroux, ancienne avocate et présidente de SOS Esclaves, une association qui leur vient en aide. « La traite des êtres humains, c’est la chosification de quelqu’un, ce n’est pas un dérapage de contrat de travail, rappelle-t-elle d'emblée. Elles, par exemple, elles ont toutes une constante : elles sont privées de leur passeport. Le passeport pour une personne étrangère, c’est la première chaîne de l’esclave. En France, elles étaient donc libres, mais clandestines. Seulement c'est très compliqué parce qu'il faut pour qu’elles aient des papiers qu’elles rentrent dans le statut des victimes de traite, et que donc on dépose des plaintes. J’ai mis plus d’un an à convaincre certaines d’entre elles de déposer plainte, et vous voyez bien qu’aujourd’hui, alors que certaines sont parties depuis trois ou quatre ans, elles ont encore peur. » 

Le parquet de Nanterre a rassemblé les dépôts de plainte et confirme qu'une enquête est en cours. Aujourd'hui, ces femmes ont refait leur vie en France. Toutes attendent d'avoir rassemblé assez d'argent pour rendre enfin visite à leurs familles, à leurs enfants aux Philippines.

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