Reportage international

Nouvel An morose pour les Iraniens, la colère gronde

Audio 02:30
Une longue file d'attente se forme sur le marché de marché de Qezel Qaleh à Téhéran, où les gens font la queue pour acheter du poulet.
Une longue file d'attente se forme sur le marché de marché de Qezel Qaleh à Téhéran, où les gens font la queue pour acheter du poulet. © RFI/Murielle Paradon

Les Iraniens célèbrent ce samedi leur Nouvel An, Norouz. Une fête gâchée par le Covid-19, mais aussi par la situation économique désastreuse. La monnaie a fortement chuté par rapport aux devises étrangères. L’inflation a explosé, la population a donc dû réduire ses achats les plus élémentaires pour les fêtes et la colère gronde.

Publicité

De notre envoyée spéciale à Téhéran,

Une file immense s’est formée à l’extérieur du marché Qezel Qaleh en plein centre de Téhéran. Ici on fait la queue devant un camion frigorifique pour acheter du poulet congelé. Leila, coiffée d’un voile coloré, a du mal à garder son calme. « Pour un mauvais poulet congelé à 17 000 tomans le kilo, on attend depuis une heure ! Vous croyez que ça me fait plaisir d’avoir laissé mon travail et ma vie pour faire la queue juste avant le Nouvel An ? »

Pour ce Nouvel An, pas de poisson traditionnel sur les tables iraniennes. Avec l’explosion des prix, la population peut tout juste acheter du poulet, à moins d’un euro le kilo. Et s’il y a du monde sur ce marché, c’est que les prix sont deux fois moins chers qu’ailleurs, ils sont subventionnés par l’État.

« L'économie est en ruine »

Une dispute éclate dans la file d’attente. Qui est responsable de la flambée des prix en Iran ? Pour Keramat Saidi, fervent défenseur du régime, c’est tout vu. Ce sont les Occidentaux. « C’est à cause des grandes puissances, la République islamique n’y est pour rien. Ça fait 40 ans qu’on subit des sanctions », soutient-il.

Mais la plupart les autres clients ne sont pas d’accord. Ils accusent les dirigeants iraniens de mauvaise gestion comme Shanaz, 60 ans. « Les sanctions américaines n’ont rien à voir avec du poulet qui est produit ici ! Les loyers sont en hausse, il y a des problèmes financiers, l’économie est en ruine. Ce sont les mollahs pourris qui nous gâchent la vie ! », s'exclame-t-elle.

L'espoir d'un changement qui s'est envolé

Sepideh, une institutrice à la retraite, s’est déplacée difficilement, pour acheter du poulet, elle trouve la situation humiliante. « C’est la misère. Pour les personnes âgées est-ce que c’est décent de venir faire la queue ? Pour notre malheur, ici, nous ne vivons pas bien, et on ne peut pas partir à l’étranger », déplore Sepideh.

Ces Iraniens ne croient pas à un quelconque changement. Des élections présidentielles ont lieu dans trois mois en Iran, mais à quoi bon voter s’interroge Shanaz. « Ça nous apporterait quoi de voter ? Ahmadinejad qu’est-ce qu’il a fait ? Et Rohani ? Qu’est-ce qu’ils ont fait pour nous ? Ça a toujours été comme ça. Nous sommes tous dans une situation difficile, et en colère. Quand pourrons-nous protester ? Jusqu’à quand doit-on subir ça ? 42 ans, ce n’est pas assez ?! », s'emporte Shanaz.

Quarante-deux ans après la révolution islamique, ces Iraniens dénoncent une situation catastrophique dans le pays. Le passage à la nouvelle année n’est pas vraiment porteur d’espoir.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail