Reportage international

Philippines: les chauffeurs de jeepneys dans l'incertitude

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Le gouvernement des Philippines a imposé un plan de modernisation pour remplacer les jeepneys et réguler le secteur.
Le gouvernement des Philippines a imposé un plan de modernisation pour remplacer les jeepneys et réguler le secteur. © AP/Aaron Favila

Anciennes jeeps américaines transformées en mini-bus, les jeepneys constituent un symbole national pour les Philippins et leur principal moyen de transport. Mais elles sont aussi très polluantes et conduites de façon anarchique. Le gouvernement a imposé un plan de modernisation pour les remplacer et réguler le secteur. Une mesure positive pour l’environnement, mais qui menace des milliers d’emplois.

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De notre correspondante à Manille,

Couleurs chatoyantes, vrombissement et nuage de fumée, les jeepneys font partie intégrante du paysage de Manille. Elles transportent chaque jour des millions de personnes. Pourtant, depuis quelques mois, on constate l’apparition de carrosseries modernes et étincelantes. Des véhicules plus confortables, plus sûrs et moins polluants, imposés par le gouvernement.

Mais avec un salaire moyen de 13 euros par jour, peu de chauffeurs peuvent s’offrir ce nouveau modèle, à environ 30 000 euros. Robin Baylon a passé plus de vingt ans au volant de sa jeepney. « Le prix des nouveaux véhicules est très élevé alors je suis vraiment inquiet que le gouvernement aille jusqu’au bout de son programme de modernisation », confie-t-il. 

Des véhicules responsables de 15 % des émissions de CO2 à Manille

D’après une étude de l’Observatoire de Manille, les jeepneys sont responsables de 15 % des émissions de CO2 dans la capitale. Mais selon Mario Que, représentant d’un syndicat, l’objectif du gouvernement est avant tout de privatiser le secteur. Ce qui priverait les chauffeurs de leur indépendance et menacerait de nombreux emplois. 

« L’environnement est très important, mais l’objectif du gouvernement n’est pas de préserver la planète, c’est de faire du profit. Le secteur va être privatisé », soutient Mario Que qui poursuit : « Les conducteurs vont devenir des employés sous la houlette de sociétés qui vont gérer les flottes de jeepneys. Mais ces groupes ne peuvent pas intégrer tous les chauffeurs. Alors beaucoup vont perdre leur travail. Or, conduire est le seul métier qu’ils connaissent. »

Circulation limitée

Et la pandémie ne fait qu’aggraver la situation, puisqu’un nombre limité de jeepneys est autorisé à circuler.

Celle d’Edwin Mabazza n’en fait pas partie. Ce Philippin de 56 ans conduit sa jeepney depuis qu’il a quitté le lycée. Le programme de modernisation l’inquiète d’autant plus qu’il est malade du cœur et privé de ses revenus. « J’ai perdu mon travail, et je n’ai pas d’autre alternative. Je n’ai pas assez d’argent pour subvenir aux besoins de mes enfants. Alors c’est mon fils aîné qui paye nos dépenses : le loyer, les factures d’électricité, d’eau… », dit Edwin Mabazza.

Les chauffeurs et leurs familles ne sont pas les seuls qui risquent d’être affectés par les nouvelles mesures. « La modernisation va faire augmenter le prix des courses. Les conducteurs ne seront donc pas les seuls à en subir les conséquences. Les passagers aussi », ajoute Mario Que. 

Les nouveaux véhicules devraient réduire la pollution sonore et environnementale. Mais ils risquent de placer hors de portée des plus modestes le moyen de transport le plus populaire du pays. 

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