Reportage international

Les jeunes birmans rivalisent de créativité pour faire entendre leur voix

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Les manifestants anti-coup d'État tiennent des slogans attirant l'attention d'une réunion régionale de l'ASEAN lors d'un rassemblement le mardi 20 avril 2021 à Yangon, au Myanmar. (Image d'illustration)
Les manifestants anti-coup d'État tiennent des slogans attirant l'attention d'une réunion régionale de l'ASEAN lors d'un rassemblement le mardi 20 avril 2021 à Yangon, au Myanmar. (Image d'illustration) AP

En Birmanie, près de 600 personnes sont mortes sous les balles de la police, dont une cinquantaine d’enfants. La terreur s’abat sur certains quartiers où les habitants n’osent plus sortir de chez eux, la jeunesse refuse d’abandonner. Il y a ceux qui combattent dans la rue et ceux qui font campagne sur les réseaux. Une génération Z bien différente de ses aînés et qui a désormais la volonté d’inventer une nouvelle société birmane.

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« Viens mon fils je t’attends à la maison, je t’ai préparé un bon repas, quand vas-tu rentrer mon cher fils ? » Une mère qui implore son fils soldat de rentrer au lieu de tuer des civils innocents, c’est l’un des messages diffusés par une radio clandestine animée par de jeunes Birmans à Rangoun. Leur but : susciter le plus de désertions possibles dans les rangs de l’armée et de la police.

En l’absence de connexion internet, ces jeunes se tournent vers les bonnes vieilles ondes radio. Malgré l’horreur de la situation, ils gardent espoir de battre la junte en rivalisant de créativité sur tous les fronts.

Pour Khin Mar Mar, ancienne du mouvement anti-junte de 1988, ces jeunes ont une chance de réussir, car complètement autodidactes, ils ont un sens aigu de l’action collective. « Notre culture politique en Birmanie est un traumatisme. Il s’agit toujours de trouver un héros, de révérer quelqu'un. Ainsi au moment de l’Indépendance, de nombreux Birmans se sont courageusement battus contre l’occupant, mais l’histoire n’en a retenu qu’un : le général Aung San, le père d’Aung San Suu Kyi, c’est lui le seul héros », s'exclame Khin Mar Mar.

« C’est grave parce que cela efface tous ces courageux combattants. Et puis avec l’essor des jeux vidéos récemment, notamment un qui s’appelle Légende mobile – qui a eu beaucoup de succès en Birmanie –, il faut composer une équipe, chacun a son rôle et doit être bon dans ce rôle. Vous ne pouvez gagner qu’à cette condition. Cela dénote un changement de mentalité chez ces jeunes. Ils n’accepteront jamais de retourner au Moyen-Âge », conclut la militante.

Aujourd'hui, le combat de la génération Z dépasse la simple question de la libération d’Aung San Suu Kyi et des prisonniers politiques. Pour la chercheuse May-Oo Mutraw, ils se battent pour une nouvelle société birmane qui ferait notamment davantage de place aux minorités ethniques

« Depuis l’indépendance en 1948, la société birmane pratique l’oppression, la discrimination et le racisme. Regardez ce qu’il s’est passé avec les Rohingyas, ce que les citoyens d’origines indienne et chinoise doivent subir. La jeunesse rejette tout cela. Nous ne voulons plus faire partie d’une société oppressive, nous voulons être libres dans nos pensées, nos actes, nos vies… La jeune génération redéfinit courageusement quel genre de société nous pourrions ou nous devrions être », affirme la chercheuse.

Inspiré dans ses valeurs et ses méthodes de les voisin hong-kongais et thaïlandais, le réveil de la jeunesse birmane s’inscrit dans un mouvement transnational pro-démocratique que certains appellent déjà « le printemps de la jeunesse sud-est asiatique ».

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