Reportage international

Le patrimoine de Bagdad en danger

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Un Irakien marche au Souk al-Safafir, spécialisé dans les produits artisanaux, dans la capitale irakienne Bagdad le 27 août 2020.
Un Irakien marche au Souk al-Safafir, spécialisé dans les produits artisanaux, dans la capitale irakienne Bagdad le 27 août 2020. AFP - SABAH ARAR

Le cœur historique de Bagdad risque-t-il de disparaître ? Dans cette ville multimillénaire, il ne reste déjà plus grand-chose du patrimoine extrêmement riche qu'ont autrefois connu ses habitants. Après des décennies de conflits et de gabegie gouvernementale, les bâtiments historiques de la ville sont aujourd'hui délabrés, lorsqu'ils ne menacent pas tout simplement de s'effondrer.

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Les souks historiques de ce quartier sont eux aussi menacés : certains savoir-faire propres à la culture irakienne, comme la chaudronnerie, meurent peu à peu, faute de tourisme et de soutien des autorités. Sans protection, la vieille ville de Bagdad périt peu à peu, et avec elle, toute une partie de l'identité irakienne.

Le martèlement de l'acier était autrefois si bruyant qu'il était difficile de se parler dans « le souk Safafeer », « le marché des chaudronniers », en plein cœur de Bagdad. Dans les allées étroites de ce bazar, seule une petite dizaine d'artisans frappent encore le métal entre les vendeurs de tapis. Nazem Hassan, 84 ans, est l'un d'entre eux. Il a le regard doux et des habits poussiéreux, trop grands pour son corps chétif. « Aujourd'hui, la plupart des échoppes vendent du tissu. Il ne reste plus que 10 à 5 chaudronniers ici. Et si quelqu'un vient m'acheter quelque chose, c'est pour offrir un cadeau. »

Ce savoir-faire irakien date de l'époque abasside. Lorsque Nazem a commencé ce métier dans les années 50, les habitants achetaient encore ces artefacts pour leur fonctionnalité. « Le monde s'est développé en utilisant de nouvelles méthodes. Maintenant tout est électrique, mais avant, les gens lavaient leurs vêtements avec des conteneurs spéciaux que nous fabriquions. Tout le monde utilisait des lanternes et des bougies pour s'éclairer. »

Des bâtiments délabrés

Le lente disparition de ce savoir-faire est symptomatique d'une négligence plus large du patrimoine culturel de Bagdad. Juste à côté du souk, dans la rue al-Rasheed, des dizaines de bâtiments traditionnels menacent de s'effondrer. Ils datent d'avant 1930 mais n'ont jamais été protégé, ni rénové.

Hussein est le propriétaire dans l'un d'entre eux. Il utilise le rez-de-chaussée comme boutique mais n'accède plus à l'étage, tant l'endroit est délabré. Seul le gouvernement peut entreprendre des rénovations de ces bâtiments classés. « Nous sommes allés voir les autorités et nous leur avons demandé de rénover la façade du bâtiment pour le restaurer tel quel. Ils nous ont dit que ce n'était pas autorisé, qu'on devait obtenir leur feu vert. Ils nous ont dit "attendez un ou deux ans, jusqu'à obtenir une autorisation". »

Il ne sait pas combien de temps va encore tenir la structure, aujourd'hui oblique. Sans tenir compte du danger, il s'attriste de la perte que cet effondrement signifiera pour l'identité irakienne. « Ce bâtiment est historique, il a près de 70 ans, tout le bâtiment fait partie du patrimoine : les fenêtres sont en bois, et il y a beaucoup de belles choses à l'intérieur, mais malheureusement tout cela est ignoré par le gouvernement. »

Contacté par RFI, le bureau du gouvernorat de Bagdad affirme qu'un nouveau comité est en cours de constitution, pour protéger ces bâtiments historiques. Mais tant qu'aucune mesure ne sera prise, le patrimoine de la ville continuera lui de disparaître peu à peu.

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