Reportage international

Covid-19 en Inde: la population en proie aux séquelles psychologiques

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Un agent de santé effectue un test du Covid-19 à l’arrivée d’un train à Bombay, en avril 2021. Le pays enregistre toujours plus de 50 000 cas par jour et doit également faire face aux troubles psychologiques liés à la maladie.
Un agent de santé effectue un test du Covid-19 à l’arrivée d’un train à Bombay, en avril 2021. Le pays enregistre toujours plus de 50 000 cas par jour et doit également faire face aux troubles psychologiques liés à la maladie. © AFP/Punit Paranjpe

L’Inde a entamé son déconfinement, après l’une des plus vagues de contaminations au Covid-19 les plus meurtrières du monde, survenue entre avril et mai. Dans les grandes villes comme New Delhi, la vie semble reprendre son cours normal, mais dans les esprits, le traumatisme de la crise hante encore la population indienne, qui a l’impression d’avoir survécu à une guerre.

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De notre correspondant à New Dehli,

Tawqeer Hussain est journaliste à New Delhi. Au plus fort de la crise, il se rendait dans les hôpitaux débordés pendant la journée, et le soir, il aidait ses proches malades à trouver un lit. Puis un jour, il apprend qu’un ami âgé de 34 ans est mort du Covid-19, car il ne pouvait trouver d’oxygène. C’est le début d’une descente aux enfers.

« J’ai senti mon cœur s’arrêter de battre. Et à partir de là, j’ai commencé à avoir des crises de panique. Ça ressemblait à des crises cardiaques et revenait dès que je devais écrire sur le Covid-19. Cela a été causé par mon sentiment d’impuissance face à cette crise et par une peur profonde de mourir », explique Tawqeer Hussain.

Il vient pourtant de la région tourmentée du Cachemire. Il a grandi pendant la guerre civile et a couvert le conflit en tant que journaliste. Il a donc déjà côtoyé la mort. Mais cette crise du Covid-19 a été, pour lui, bien plus violente. « J’ai déjà vu des gens mourir et des militants se faire abattre devant mes yeux, mais cela ne m’a jamais perturbé. Car pendant un conflit, vous pouvez vous protéger des balles derrière un mur. Mais quand une personne manque d’oxygène, vous ne pouvez vraiment rien faire. Et vous ne savez pas qui sera la prochaine personne à mourir », dit Tawqeer Hussain.

Les maux psychologiques après les maux physiques

Les personnes guéries du Covid-19 doivent aussi lutter, maintenant, contre ce genre de troubles psychologiques. C’est le cas d’Anshuma Kshetrapal, qui a souffert d’une forme grave. « Cette maladie n’a pas de protocole de soin clair, donc les médecins ont tout essayé sur moi, ce qui m’a donné l’impression d’être un cobaye. Je ne me sentais plus en sécurité et j’ai perdu confiance dans le système. Cela s’est calmé, mais maintenant, je me sens coupable de ne pas avoir aidés les gens qui avaient besoin de moi quand j’étais malade », s'inquiète Anshuma Kshetrapal. 

Anciens malades, proches de défunts ou simples résidents effrayés, une grande partie de la population indienne subit donc maintenant le contre-coup psychologique de cette hécatombe. C’est ce qu’explique Sreeja De, psychologue à New Delhi. « En ce moment, chaque semaine, je recois 5 nouveaux patients affectés par un burn-out émotionnel. Les raisons sont diverses, mais les symptômes sont des angoisses, de la léthargie, une baisse de la concentration et de la motivation », décrit Sreeja De.

L’Inde manque cruellement de psychologues pour faire face. pour compenser, l’institut médical Nimhans a lancé une un numéro d’appel gratuit qui offre un soutien psychologique d’urgence pendant la pandémie. En 15 mois, plus de 500 000 personnes y ont eu recours.

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