Reportage international

Quel avenir pour les enfants syriens en Turquie?

Audio 02:30
École de l'ONG Concern à Sanliurfa dans le sud de la Turquie.
École de l'ONG Concern à Sanliurfa dans le sud de la Turquie. © Union européenne 2021/Eren Aytug

L’accord migratoire entre l’Union européenne et la Turquie est au programme du Conseil européen qui s’ouvre ce jeudi à Bruxelles. Cet accord passé en 2016 doit être bientôt renouvelé. De quoi s’agit-il ? La Turquie s'est engagée à maintenir sur son sol quelque 4 millions de réfugiés syriens, en échange d’aides financières de la part de l’UE. Les Européens financent en effet des ONG sur place, notamment dans le domaine de l’éducation.

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De notre envoyée spéciale à Sanliurfa,

La main levée, ils répondent avec enthousiasme à leurs professeurs. Des petits Syriens âgés de 8 à 10 ans, masques sur le nez à cause du Covid-19. Dans cette école montée par une ONG à Sanliurfa dans le sud de la Turquie, les éducateurs parlent turc et arabe pour aider ces enfants syriens à s’intégrer au mieux. 

Yéliz Ceylan, responsable éducation au sein de l’ONG Concern, explique qu’ils se sont « rendu compte que certains enfants sont harcelés en Turquie, parce qu’ils sont Syriens. Ils sont victimes de discriminations dans les écoles publiques turques et ils se retrouvent hors du système scolaire. C’est pourquoi on essaie d’identifier leurs problèmes et d’intégrer ces enfants dans nos programmes, afin qu’ils se sentent mieux. »

« Il faut qu’ils puissent construire un avenir pour eux et leur famille » 

Programme linguistique, soutien psychologique, aide aux parents, dans cette école alternative on pallie le manque des écoles publiques turques. Ce sont 100 000 enfants de réfugiés syriens qui naissent chaque année en Turquie et il est difficile de tous les intégrer.

« Une grande partie des Syriens en Turquie sont aujourd’hui des enfants », dit Erin Wall, coordinatrice du projet éducatif Concern pour le sud de la Turquie. « Et on veut être sûrs qu’ils aient accès à toutes les opportunités auxquelles ils ont droit, pour qu’ils continuent à bien grandir et à apprendre, qu’ils choisissent de rester en Turquie, de retourner en Syrie ou d’aller ailleurs. Il faut qu’ils puissent construire un avenir pour eux et leur famille. »

► À écouter aussi : Enfants syriens: le risque d'une génération apatride 

Scolarité contre financement

Difficile toutefois pour beaucoup de familles de se projeter vers l’avenir. L’urgence est de se nourrir. Malgré les aides, de nombreux réfugiés syriens ont du mal à survivre en Turquie. Ils sont parfois obligés d’envoyer leurs enfants travailler. C’était le cas de Ziad Abdu Wael, père de 7 enfants, qui a finalement accepté de tous les scolariser en échange d’un soutien financier. 

« Maintenant tous mes enfants vont à l’école. Avant l’un d’entre eux était obligé de travailler, mais l’ONG Concern qui lutte contre le travail des enfants nous a aidés pour qu’on puisse l’envoyer à l’école, et ils nous paient 500 livres turques », dit Ziad Abdu Wael. 

► À écouter aussi : L'Europe aide à scolariser les Syriens en Turquie

« Je préférerais aller en Europe pour mes enfants »

Ce type de programme est financé entièrement par l’Union européenne qui a choisi de donner de l’argent à des ONG basées en Turquie plutôt que d’accueillir des réfugiés syriens dans ses États membres. Une situation qui désole cette mère de famille.« Ça ne me plaît pas, je sais que de l’argent arrive en Turquie, mais on en reçoit très peu. Je préférerais aller en Europe, pour mes enfants, ce serait mieux », dit-elle. 

Malgré les demandes, l’Europe accueille peu de réfugiés. Beaucoup restent donc en Turquie. Quant à un retour en Syrie, il paraît de plus en plus illusoire. Après 10 ans de guerre, le pays est ravagé et la plupart des réfugiés n’y voient aucun avenir pour eux et leurs enfants.

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