Reportage international

En Thaïlande, les ouvriers birmans ne sont plus autorisés à circuler librement

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Une femme pousse un chariot à l'extérieur d'un camp où résident des travailleurs de la construction, thaïlandais et birmans, désormais sous confinement en raison des mesures de prévention du coronavirus Covid-19, dans le district de Laksi à Bangkok, le 28 juin 2021.
Une femme pousse un chariot à l'extérieur d'un camp où résident des travailleurs de la construction, thaïlandais et birmans, désormais sous confinement en raison des mesures de prévention du coronavirus Covid-19, dans le district de Laksi à Bangkok, le 28 juin 2021. AFP - LILLIAN SUWANRUMPHA

Confrontée à une nouvelle vague de Covid-19, la Thaïlande tente de limiter les contaminations : Bangkok, la capitale, est à nouveau sous couvre-feu et les déplacements sont déconseillés, voire interdits, mais pour certaines catégories de population seulement. C’est le cas des ouvriers birmans, cloîtrés dans leurs dortoirs depuis des mois.

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De notre correspondante à Bangkok,

Tout autour de l’un des plus grands chantiers de la région de Bangkok, des palissades dissimulent les travaux aux regards. Non loin du chantier, un ensemble de préfabriqués tient lieu de dortoir aux ouvriers. À l’intérieur, de minuscules chambre de trois mètres sur deux. 

C’est là que Zaw Min et sa femme Saya, 19 ans, sont cloîtrés la plupart du temps. Un camion vient les chercher à 7h du matin pour parcourir les quelques centaines de mètres entre le dortoir et le chantier, et les ramène le soir. Toute sortie est interdite, sauf pour la supérette du coin, et toujours un par un.

« Le travail, la chambre, la chambre le travail, voilà, c’est tout ce qu’on a le droit de faire. Sortir uniquement pour aller travailler, on ne peut pas. Aller se promener, on ne peut pas. Aller régler des affaires, même en cas d’urgence, il faut demander au chef de chantier, se désole Saya. Les Birmans, on les a complètement enfermés alors que les autres, à Bangkok, en journée, ils ont encore le droit de sortir. On doit se faire à manger soi-même sur le réchaud, dans la toute petite chambre. Et puis c’est angoissant parce qu’en ce moment, dans une chambre pas très loin, cinq ouvriers ont le Covid. »

Des restrictions plus strictes

Les ouvriers sont testés toutes les semaines et doivent porter un bracelet de couleur indiquant que leur résultat est négatif. Si les restrictions à leur égard sont plus strictes que pour les autres résidents de Bangkok, c'est aussi que des tests ont révélé une prévalence importante du virus chez les travailleurs immigrés.

Quand le Premier ministre a annoncé il y a quelques semaines le bouclage des ouvriers à l’intérieur des chantiers, beaucoup, notamment les Cambodgiens ont préféré rentrer chez eux. Impossible pour les Birmans, dont le pays s’enfonce dans la guerre civile. 

La crise sanitaire en Thaïlande a exacerbé les discriminations habituelles à l’égard des ouvriers birmans, parfois victimes d’extorsion par des groupes mafieux. C’est arrivé à Anjali, une jeune Birmane venue travailler en Thaïlande comme aide domestique. « Quand je suis arrivée à la gare de bus, on m’a d’abord dit qu’ils ne vendaient pas de tickets aux Birmans. Puis une autre compagnie a accepté de me vendre un ticket, contre un gros supplément de prix. Ils ont gardé mon passeport. Mais en fait le bus s’est arrêté à mi-chemin, ils ont fait descendre tous les Birmans pour un test Covid à l’improviste. On était enfermés à l’intérieur d’une sorte de clinique. Si on ne pouvait pas payer pour le test, on ne pouvait pas sortir », raconte la jeune femme.

Des tests chers, 80 euros, environ le quart d’un salaire d’ouvrier. Le couvre-feu à partir de 21h décrété dans la capitale thaïlandaise s’applique, lui, à tout le monde.

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