Reportage international

Au Liban, les enfants payent le prix de la crise économique

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Deux enfants ici à Tripoli, au Liban, le 21 juin 2021. (Photo d'illustration)
Deux enfants ici à Tripoli, au Liban, le 21 juin 2021. (Photo d'illustration) REUTERS - EMILIE MADI

Au Liban, 1 enfant sur 3 se coucherait parfois le ventre vide selon un rapport de l’UNICEF. L’agence sonne l’alerte concernant la situation des enfants aux Pays du Cèdre, qui compte 2 millions de réfugiés pour 7 millions d’habitants. Avec la pandémie de coronavirus et la crise économique, 15% auraient été déscolarisés cette année et contraints de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Le Liban connaît en ce moment l’une des plus graves crises économiques de son histoire, et ce sont les plus jeunes qui en payent le prix.

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Dans le centre-ville de Tyr, Naïma Abdellah et ses 9 enfants s’entassent dans deux petites pièces sans fenêtres. Réfugiés syriens, ils ont quitté Alep il y a 7 ans, dans l’espoir d’une vie meilleure, mais la crise économique les a frappés de plein fouet. Le réfrigérateur est vide et les factures s’accumulent.

Mère : « Ici, il n’y a pas de travail, et nous avons 10 bouches à nourrir. Nous recevons de l’aide des ONG, mais pas suffisamment pour vivre. Les colis alimentaires et l’argent qu’ils nous donnent nous permettent de tenir une semaine, pas plus. Tout est devenu hors de prix.

Ce sont des enfants, je ne veux pas qu’ils dorment le ventre vide.

Donc, depuis un an, ils ont commencé à travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Je ne supporte pas cette idée, mais c’était la seule solution.

Quand je vois les autres gamins aller à l’école, me cultiver, s’éduquer, alors que les miens vont travailler, bien sûr que ça me fait mal. Ça me donne envie de mourir. Moi, j’ai eu une enfance. Eux n’ont pas cette chance. Tous les parents veulent le meilleur pour leurs enfants. Mais avec la crise, il n’y a pas d’avenir pour eux. La situation empire chaque jour. Hier, ça allait mieux qu’aujourd’hui. Et aujourd’hui sera moins dur que demain. »

À côté d’elle, son fils Mohammad, 11 ans, vient de rentrer du travail. Avec son frère, ils vendent des paquets de mouchoirs sur le bord de la route.

Mère : « Tu veux être un adulte et avoir des responsabilités comme maintenant, ou être un enfant et jouer ? »

Mohammad : « J’aimerais être un enfant et jouer avec les autres. J’ai une vie de grand, mais je suis encore jeune. »

Le petit garçon a déjà des réflexions d’adulte. Malgré son très jeune âge, il comprend bien que la dévaluation de la livre libanaise et la crise économique sont en train de le priver d’enfance.

Mère :  « C’est quoi ton rêve ? »

Mohammad : « Je veux que le dollar redescende. Comme ça, les prix des choses baisseront, et maman pourra de nouveau nous acheter des choses. »

Mère : « J’aimerais que la situation s’améliore, pouvoir leur offrir une éducation les aider à faire les devoirs à la maison. Je sais qu’ils ne trouveront pas forcément un vrai travail. Mais je veux qu’ils soient heureux. Qu’ils apprennent les bases et puissent s’exprimer correctement. Vous avez vu Mohammad, à son âge, il a encore du mal à faire une phrase complète. »

Au Liban, 1,2 million d'enfants ont été déscolarisés en un an. Une hémorragie causée par la crise économique, combinée avec la pandémie de coronavirus : certains enfants sont condamnés à travailler comme Mohammad, et beaucoup de familles n’ont plus les moyens d’acheter un ordinateur, de payer la connexion internet ou même l’électricité pour qu’ils suivent des cours en ligne. À terme, c’est toute une génération qui pourrait ne jamais retourner sur les bancs de l’école.

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