Reportage international

Six mois après le putsch des militaires, le désarroi des Birmans

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Il faut parfois faire la queue toute la journée pour pouvoir retirer de l'argent en Birmanie.
Il faut parfois faire la queue toute la journée pour pouvoir retirer de l'argent en Birmanie. AFP - STR

Cela fait aujourd’hui six mois que les militaires ont pris le pouvoir en Birmanie. Six mois de manifestations réprimées, de grève nationale et de conflit armé, le pays sombre dans un désastre sanitaire et humanitaire sans précédent. Pour l’instant aucune sortie de crise à l’horizon. À Bangkok, les immigrés birmans se sentent impuissants face au désarroi de leurs familles restées au pays.

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De notre correspondante à Bangkok,

Dans ce petit restaurant de rue près de la rivière, Kyaw Ko et ses collègues, originaires de Dawei dans le sud de la Birmanie, servent des plats cuisinés, riz frit et légumes, aux employés des bureaux environnants pendant leur pause déjeuner. Depuis le coup d’État il y a six mois, ils prennent tous les jours, principalement sur les réseaux sociaux, des nouvelles de leur pays, mais entre la situation sanitaire, les militants assassinés et emprisonnés, et depuis quelques jours des inondations monstres, difficile de ne pas perdre espoir. « Mon pays est dans une situation terrible… Le Covid, les militaires, la nourriture qui commence à manquer, jamais je n’aurais pensé qu’on retomberait aussi bas. On se tient informé, on appelle la famille bien sûr, mais ça fait trop mal au cœur de les entendre, j’en pleure parfois, je n’ai pas les mots pour exprimer ma tristesse », confie-t-il.

Entre guerre civile et crise sanitaire

Le pays sombre à la fois dans la guerre civile, notamment dans les zones ethniques, et dans une terrible crise sanitaire : des experts de la santé préviennent que 50 % des Birmans auront contracté le virus d’ici deux semaines. Mais c’est peut-être la situation économique qui affecte le quotidien du plus grand nombre. Des millions de Birmans n’ont plus d’emploi, plus de revenus, il est devenu difficile de se nourrir. Kyaw Ko et sa femme Ma Pyaw essaient tous les mois d’envoyer un peu d’argent à leurs parents, mais les banques ne disposent plus d’argent liquide, il faut faire de longues queues pour obtenir des sommes dérisoires et les tarifs de transferts ont explosé, de toute façon le pays est tellement enlisé dans la crise que même l’argent n’est plus une protection.

« D’abord le conflit armé, les jeunes qui sont assassinés dans la rue, puis le virus qui tue encore plus que les militaires, et maintenant l’oxygène qui manque, même si vous avez de l’argent vous ne pouvez pas vous en procurer. Il y a tellement de gens qui meurent, c’est inimaginable, en plus les gens doivent rester chez eux donc il ne peuvent même pas gagner de quoi manger, et nous on est là, on voudrait faire plus, mais on est impuissants… », explique Ma Pyaw.

À cause du manque de garanties offertes par l’administration militaire, l’aide humanitaire internationale se fait attendre. Quant au mouvement pro-démocratie birman il semble avoir atteint une impasse. Le gouvernement d’Unité nationale en exil, après avoir suscité beaucoup d’enthousiasme à ses débuts, ne parvient pour l’instant, ni à véritablement mobiliser les minorités ethniques, ni à obtenir une reconnaissance internationale.

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