Afghanistan: les ex-interprètes des armées étrangères plongés dans l'inquiétude

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Un interprète afghan (d.) lors d'un entretien entre des soldats américains et un Afghan en 2009 (Image d'illustration).
Un interprète afghan (d.) lors d'un entretien entre des soldats américains et un Afghan en 2009 (Image d'illustration). © Kevin Frayer/AP

En Afghanistan, alors que les forces étrangères poursuivent leur retrait total qui doit s’achever à la fin de mois d’août, les anciens interprètes des différentes armées de la coalition sont plongés dans l’inquiétude. Ils sont considérés comme des traîtres par les talibans. Ces derniers assurent qu’aucun mal ne leur sera fait s’ils se repentissent. Des promesses auxquelles personne ne croit, à commencer par les ex-interprètes et employés de l’armée américaine.Il reste des centaines d’anciens interprètes et auxiliaires des forces étrangères. Parmi eux, une centaine ayant travaillé pour l’armée française en Afghanistan et dont les demandes de visa ont été rejetées au cours des années précédentes. Des centaines d’autres ont travaillé pour l’armée américaine.

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de notre correspondante à Kaboul,

Le soleil se lève sur Kaboul, il est près de 6H du matin lorsque nous retrouvons Shafi dans les faubourgs de la capitale afghane. Il est penché sur la tombe de son frère. Des fleurs artificielles ornent la pierre tombale le nom de Sohail Pardis y est gravé.

« Je viens ici tous les vendredis. »

Lorsque nous rencontrons Shafi, cela fait un mois que son frère a été assassiné.

« Quand je viens ici, je me sens seul.  Je n’ai plus personne depuis qu’il est parti. Ici, je lui parle. »  

Sohail Pardis était un ex-interprète de l’armée américaine basé à Kandahar, la province dans le sud du pays a vu naître le mouvement taliban. Sohail Pardis a été égorgé en mai dernier sur une route reliant Kaboul à l’est du pays.

Il y a quelques semaines, c’est avec une photo de son corps sans vie à la gorge lacérée que plus d’une centaine d’ex-interprètes des armes étrangères ont manifesté à Kaboul malgré le risque d’être pris pour cible.

Abdul Haq Ayubi, un ami de Sohail, présent, nous montre plusieurs photos d’eux bras dessus bras dessous avec des soldats américains.

« Nous avons ensemble fait une demande de visa pour les États-Unis en 2015, mais elles ont été rejetées parce que nous avions été licenciés. Si nous n’avions pas été licenciés nous serions aux États-Unis en sécurité. Je n’aurai pas perdu Sohail Pardis. Je l’ai perdu à cause de ce licenciement. »

Récemment les talibans ont affirmé qu’ils ne s’en prendraient pas aux ex-interprètes des armées étrangères sils s’excusaient. Pour Mahmoodi, l’un des organisateurs du rassemblement, cela est inenvisageable.

« Je ne vais pas demander pardon aux talibans parce qu’ils sont toujours mes ennemis. Ils sont les ennemis du peuple. Ils sont les ennemis des femmes, des filles, de tous. Vous savez, si les talibans reviennent, ils ne vous laisseront pas être ici. Ils ne laisseront pas les filles aller à l’école. Il n’y aura pas de démocratie. Il n’y aura pas de liberté. »

Ce jour-là, au cours de leur rassemblement, des interprètes se lèvent pour lancer un message à destination de Joe Biden, le président américain.

« Ne nous laissez pas tomber ! », scandent les manifestants à l’attention du président américain. Celui-ci s’est engagé à faire sortir du pays les ex-interprètes de l’armée américaine. À ce jour, aucun de ceux que nous avons interviewé n’a reçu de réponse positive à leur demande de visa.

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