À Nijni Novgorod, la campagne discrète de Russie unie (1/4)

Audio 02:30
Vue de Nijni Novgorod. Parce qu’elle abrite de nombreuses usines du complexe militaro-industriel, cette ville, située au bord de la Volga, a longtemps été fermée aux étrangers, limitée d’accès aux Russes.
Vue de Nijni Novgorod. Parce qu’elle abrite de nombreuses usines du complexe militaro-industriel, cette ville, située au bord de la Volga, a longtemps été fermée aux étrangers, limitée d’accès aux Russes. © Creative Commons CC BY-SA 4.0 Alexeï Trefilov

Nijni Novgorod reste aujourd’hui encore une ville importante pour le pouvoir russe. C’est là qu’en décembre 2017, Vladimir Poutine avait annoncé sa nouvelle candidature à la présidentielle de 2018, et là encore qu’il se rend régulièrement. La campagne du parti au pouvoir y reste pourtant très discrète.

Publicité

De notre correspondante à Moscou,

Maisons colorées en vert, jaune, bleu ou en bois, péniches sur la Volga, tramways à foison à toute heure du jour et de la nuit, et à peine des panneaux indiquant la date du dernier jour du vote – et encore, uniquement sur les grands axes. Quant aux candidats, leur visage apparaît quelques secondes sur les panneaux aux carrefours en alternance avec des publicités pour des fast-foods. À Nijni Novgorod comme ailleurs, rien ou presque n’indique qu’on approche d’élections législatives.

« À la télé, franchement, moi non plus je n’ai pas vu beaucoup de campagnes électorales », déclare Vladimir Vladmirovoitch Teleguin, responsable du mouvement jeune de Russie unie. « Internet, oui, comme la génération est en train de changer, tout le monde va discuter sur les réseaux sociaux, les vidéos YouTube. Concrètement, sur Internet, il y a des groupes de soutien qui sont créés, des pages différentes, des sites… Les citoyens peuvent poser des questions sur les sujets qui les intéressent, ou évoquer leurs problèmes. »

Assis dans le fauteuil de son bureau d’avocat, il ajoute : « Justement, pour ceux qui n’ont pas accès à Internet et qui ont l’habitude de faire à l’ancienne, pour eux on organise des rencontres directes. C’est principalement pour la population des seniors. Car les seniors, même si ça peut sonner étrangement, sont les participants les plus actifs de la campagne électorale. »

Rassurer la population

Rencontres invisibles, encore moins de tracts dans les rues, mais qui connaît la population sur le bout des doigts. Dimitri Bedniakov, premier maire postsoviétique, reçoit dans son bureau autour d’une tasse de thé et déroule l’argument classique, mais toujours efficace.

« Dans les années 1990, quand on manquait de tout, on en était à laver plusieurs fois les sacs plastiques pour pouvoir les réutiliser. C’est le passé, beaucoup de gens ne s’en souviennent pas forcément, mais aujourd’hui, et je le répète sans cesse, la situation est tout à fait différente », dit-il, puis de poursuivre : « Des gens qui en sont à compter chaque sou, qui ont faim, qui sont abandonnés, ils ne sont pas tant que ça. Il y en a, mais comme ailleurs à Paris, à Washington, à Philadelphie, je l’ai vu moi-même. Notre but, bien sûr, c’est de faire en sorte qu’ils soient le moins nombreux possible », assure-t-il.

Figure ancienne et rassurante de la vie politique locale, Dimitri Bedniakov incarne jusqu’au bout des ongles l’argument essentiel du parti pouvoir : la stabilité contre l’aventure.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI