Reportage international

Russie: le doute en mode mineur des retraités (3/4)

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En Russie, les retraités représentent environ un quart de la population et font partie du socle électoral de Vladimir Poutine et du parti au pouvoir Russie unie. (Image d'illustration)
En Russie, les retraités représentent environ un quart de la population et font partie du socle électoral de Vladimir Poutine et du parti au pouvoir Russie unie. (Image d'illustration) © Getty Images/Olga Shumytskaya

Avec l’inflation galopante ces dernières années, le pouvoir d’achat des retraités russes, déjà très faible, a considérablement baissé. Conscient de la grogne, Vladimir Poutine a annoncé en cette rentrée et à quelques semaines des élections une prime aux retraités. Mais le mécontentement affleure.

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De notre correspondante à Moscou,

Batiments et pelouses entretenus au cordeau, on est ici dans un quartier de la classe moyenne aisée au sud de Moscou. Dans l’entrée d’un immeuble, une concierge entourée de plantes surveille avec sévérité les allées et venues. L’ascenseur diffuse de la musique.

Olga Souvol nous accueille maquillée, soigneusement habillée. Tellement coquette que quand on lui demande son âge, Olga prévient : « Dites seulement que j’ai un peu plus de 70 ans, parce que si mon partenaire de danse apprend que je suis plus âgée que lui, il risque de me laisser tomber ! Les jeunes sont si nombreuses ! »

Des retraités au budget serré

Sur l'écran de son téléphone, Olga montre avec fierté des extraits de concours de danse auxquels elle participe régulièrement. Olga, qui a longtemps cumulé plusieurs métiers au début de sa retraite, est une femme active et fière de l’être, même avec un budget réduit.

« Vous savez, c’est personnel et je n'ai pas envie de vexer d’autres personnes, mais je pense que si on a toujours sa tête, on peut toujours trouver des solutions. Par exemple, moi j'achète des cosmétiques français, mais seulement quand il y a de grosses réductions », dit la retraitée. Et parfois elle se serre vraiment la ceinture : « Oui, souvent les prix sont trop élevés, alors je me passe de viande et je mange des légumes. Rien de grave ! C'est toujours possible de s’en sortir. »

Des doutes qui apparaissent

Entre alors son amie ingénieure retraitée depuis 20 ans. Nadjeda Markina est plus critique : « J’ai entendu dire qu'en Europe, même les sans-emploi peuvent toucher jusqu’à 2 000 dollars par mois, alors que chez nous, une retraite de 20 000 roubles, 230 euros, c'est déjà très bien. Et puis sur Internet, j'ai vu que dans notre pays le salaire minimum est un des plus bas du monde, à part le Mexique ou le Venezuela. Alors nous, si ça se trouve, nous avons travaillé toute notre vie gratuitement ! C'est une offense à la population russe », pense-t-elle.

Assises dans la cuisine autour d’une théière et de petits gâteaux, les deux amies sont catégoriques : pour elles, il n'y a, quoiqu'il arrive, aucune alternative au pouvoir en place. Alors ce week-end elles mettront dans l'urne comme d’habitude : un bulletin Russie unie.

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