Reportage international

En Afghanistan, d'inquiétantes disparitions de femmes militantes

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Des femmes afghanes manifestent pour les droits des femmes à Kaboul le 16 janvier 2022. (image d'illustration)
Des femmes afghanes manifestent pour les droits des femmes à Kaboul le 16 janvier 2022. (image d'illustration) AFP - WAKIL KOHSAR

En Afghanistan, la répression contre les militantes des droits des femmes et des droits de l’homme s’accentue. Les talibans sont accusés d’arrêter des femmes qui participent aux manifestations contre le pouvoir en place et pour défendre leurs droits. Une situation qui inquiète Human Rights Watch et l’ONU. 

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Il est près de 21h30 mercredi 19 janvier lorsqu’une vidéo commence à circuler sur les réseaux sociaux. On y voit une femme, en plein désarroi, qui demande assistance. « À l’aide s’il vous plaît ! Les talibans sont à ma porte. Mes sœurs sont à la maison. Je ne veux pas. Revenez demain s’il vous plaît, c’est la nuit, il n’y a que des filles ici, nous ne pouvons pas vous ouvrir. Non, je ne veux pas. La porte est fermée. Je ne veux pas l’ouvrir, s’il vous plaît, s’il vous plaît. À l’aide, À l’aide ! »

Cette voix est celle de Paryani, une militante féministe qui manifestait régulièrement avec d’autres femmes pour défendre leurs droits depuis la prise du pouvoir par les talibans. Elle se filme, terrorisée, alors que des talibans tambourinent violemment à sa porte. Ils finiront par la briser. Mais avant cela Tamana Paryani, parvient à envoyer ce clip à ses proches. Depuis le 19 janvier, ils sont sans nouvelles.

Cette nuit-là, d’autres militantes ont disparu. C'est le cas de Parwana Ibrahimkhel qui serait emprisonnée. « Je viens d’avoir sa mère au téléphone, témoigne l'une des amies de Parwana, il y a quelques jours. Elle m'a dit qu’elle a trouvé sa fille au commissariat de police du district 9 et que les talibans l'avaient tellement battue qu'elle ne pouvait plus reconnaître son visage. »

Quelques jours plus tôt Parwana, Tamana et plusieurs autres femmes manifestaient dans les rues de Kaboul pour réclamer justice pour les femmes disparues et défendre leurs droits. Dont celui de ne pas avoir à porter de burqa ni de voile islamique. Leur manifestation a été suivie d’une autre menée par des talibans. Un homme muni d’un micro relié a un haut-parleur s’insurge contre les femmes qui refusent de porter le voile. « C'est inacceptable », dit-il.

Depuis quelques semaines, les talibans ont intensifié leur répression contre les femmes dissidentes. « Le chef de la police, le général Mobein, a mis un message sur Twitter pour dire qu’il fallait nous arrêter et nous punir, affirme une militante féministe dont nous taisons le nom pour des raisons de sécurité. Hier matin, une voiture des talibans m’a heurtée. Ça m’a fait tomber par terre et je me suis demandée s’ils n’avaient pas essayé de me tuer. »

La responsable de la mission des Nations unies en Afghanistan, Deborah Lyons, a soulevé la question lundi au cours d’une rencontre avec les dirigeants talibans qui s’est tenue en Norvège. Elle a exhorté l’émirat islamique à « enquêter sur le problème et à garantir la liberté des militants ».

Mais les talibans nient toute répression. Contacté par RFI au sujet de ces disparitions, le porte-parole du gouvernement taliban n’a pas daigné répondre à nos questions.

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