Revue de presse Afrique

À la Une: Tillabéry, région martyre

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Région de Tillabéry au Niger (illustration).
Région de Tillabéry au Niger (illustration). RFI/Sayouba Traoré

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Nouveau massacre de civils dans la zone dite des trois frontières… « Selon un bilan provisoire, plusieurs dizaines de personnes (entre 40 et 60 selon les sources) ont été tuées lundi dans la région de Tillabéry, à l’ouest du Niger. » C’est ce qu’annonce notamment le site d’information nigérien Niamey et les 2 jours. « Il s’agissait de civils, pour la plupart des commerçants qui revenaient du marché de Banibangou, localité située entre Chinégodar et Darey Darey. Les mêmes sources locales précisent qu’une fois les convois attaqués, les commerçants ont été séparés selon leur appartenance ethnique et que ce sont les membres d’une ethnie en particulier qui ont été massacrés.  En effet, précise encore le site nigérien, dans cette région frontalière du Burkina Faso et du Mali (zone dite des trois frontières), les activités du groupe État islamique depuis 2015 ont exacerbé les tensions intercommunautaires. Chaque ethnie accusant l’autre de fournir des recrues au groupe terroriste. Ainsi, en ce début d’année, plusieurs dizaines de civils avaient été massacrés dans une attaque contre les villages de Tomabangou et Zaroumdareye, en pleine période électorale. »

Plus de 300 morts en moins de deux ans

« Tillabéry ! Encore Tillabéry ! Toujours Tillabéry ! », se désole Ledjely en Guinée. « On ne sait plus quoi penser de cette région martyre du sud-ouest du Niger. » Et le site guinéen de rappeler par le menu les multiples attaques qu’a subie cette zone de Tillabéry, faisant plus de 300 morts depuis juillet 2019. « Quelle gloire y a-t-il, pour des hommes, qui prétendent combattre pour Allah, à s’en prendre à de pauvres civils aux mains nues ? », s’interroge Ledjely. « Ni l’état d’urgence, qui y prévaut depuis 2017, ni l’interdiction de circuler à certaines heures, encore moins la grande offensive menée par Barkhane et les armées coalisées ne sont parvenues à couper définitivement les multiples bras tentaculaires de cette pieuvre qui se régénèrent presque aussitôt. »

S’attaquer au problème !

Alors, souligne Aujourd’hui à Ouagadougou, « le Niger en est convaincu, et lors de sa campagne électorale, le président élu, Mohamed Bazoum n’a eu de cesse de le répéter : ces attaques proviennent de "l’extérieur" en l’occurrence du Mali et du Burkina. Et lorsque la question d’une éventuelle négociation avec ces terroristes se pose, Bazoum a une réponse invariable : son pays n’a pas à penser à ça, car le terrorisme n’a pas de racines sur son sol, il n’y a point de revendication, c’est un terrorisme offshore, exporté. Réponse vraie, mais qui n’est pas la solution, estime le quotidien ouagalais, face à ceux qui donnent la mort facilement, qu’ils soient du Niger ou venant d’ailleurs. La guerre classique est un affrontement formalisé et symétrique entre deux armées, deux groupes… Ici, on tue, on tue de façon inattendue, sans crier garde, sans qu’on en sache souvent les raisons. Qu’ont fait ces vendeurs de bétail de Banibangou pour mériter un tel sort ? Rien ! C’est pourquoi, estime Aujourd’hui, face à cette spirale de violence gratuite, car c’est bien de cela qu’il s’agit, celui qui prêtera serment en avril devra peut-être maintenir ce discours, mais également résoudre cette question vitale. »

Attention aux compromissions…

Enfin pour Le Pays, toujours au Burkina Faso, « au-delà de Tillabéry qui passe pour être le ventre mou de la lutte contre le terrorisme au Sahel, c’est toute la région du triangle de la mort qui mérite d’être traitée au vitriol. Et ce qui vient de se passer au Mali entre djihadistes et chasseurs dozos, ne permet pas d’être optimiste, affirme le quotidien burkinabé. En effet, une rencontre a eu lieu dimanche dernier, près de Niono. D’un côté, une centaine de chasseurs traditionnels dozos, de l’autre des djihadistes de la Katiba Macina. Les terroristes sont repartis de cette rencontre avec l’autorisation d’entrer dans les villages pour prêcher. Ce genre de compromis ne sont pas loin de la compromission. En tout cas, ce n’est pas de cette manière, estime Le Pays, que l’on pourra desserrer véritablement l’étau des djihadistes autour du Sahel africain. C’est pourquoi il convient que tous les pays de cet espace meurtri s’accordent sur la manière dont la problématique terroriste doit être traitée. Et cela sonne comme un impératif absolu au moment où, de plus en plus, l’on parle de négociations avec les groupes terroristes aussi bien à Bamako qu’à Ouagadougou. »

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