Revue de presse Afrique

À la Une: le rapport Duclert sur le rôle de la France durant le génocide au Rwanda

Audio 04:22
Les conclusions du rapport Duclert sur le génocide des Tutsis au Rwanda ne va pas assez loin selon des proches du gouvernement.
Les conclusions du rapport Duclert sur le génocide des Tutsis au Rwanda ne va pas assez loin selon des proches du gouvernement. © LUDOVIC MARIN/AFP

Publicité

« Un naufrage politique, militaire, diplomatique, administratif, intellectuel et éthique, rapporte Le Monde Afrique. Un aveuglement idéologique de François Mitterrand et de ses conseillers, imposé au reste de l’appareil d’État. Un révélateur des stéréotypes coloniaux et d’une lecture purement ethnique qui ont irrigué la politique africaine de la France. Ainsi se dessinent les lignes de force du rapport de la commission d’historiens, présidée par Vincent Duclert, remis vendredi à Emmanuel Macron. […] La crise rwandaise s’achève en désastre pour le Rwanda, en défaite pour la France, peut-on encore lire dans ce rapport. La France est-elle pour autant complice du génocide des Tutsis ? », s’interrogent les historiens.

« Si l’on entend par là une volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire, rien dans les archives consultées ne vient le démontrer, répondent-ils. La France s’est néanmoins longtemps investie au côté d’un régime qui encourageait des massacres racistes. Elle est demeurée aveugle face à la préparation d’un génocide par les éléments les plus radicaux de ce régime. »

Kigali : laconique

Alors, réaction ce week-end des autorités de Kigali, réaction plutôt laconique rapportée par l’Agence rwandaise d’information : « le Gouvernement rwandais salue le rapport de la Commission Duclert qui représente un pas important vers une compréhension commune du rôle de la France dans le génocide contre les Tutsis. Un rapport d’enquête commissionné par le Gouvernement du Rwanda en 2017, dont les conclusions viendront compléter et enrichir celles de la Commission Duclert, sera publié dans les semaines à venir », promet le gouvernement rwandais.

Un rapport « cinglant »

Le Pays au Burkina estime que le rapport des historiens français est un « rapport cinglant sur la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994. […] Vincent Duclert et son équipe n’ont pas épargné François Mitterrand qui entretenait une relation directe et personnelle avec son homologue rwandais Juvénal Habyarimana, dont l’assassinat, le 6 avril 1994, a été le facteur déclenchant de l’une des plus grandes catastrophes humaines du XXe siècle. Si ce rapport ne dit pas clairement que la France s’est associée à l’entreprise génocidaire, il critique très sévèrement l’attitude des autorités françaises d’alors, qui avaient volontairement fermé les yeux face aux actes préparatoires du génocide perpétrés dès le début de la décennie 90 contre les Tutsis par les éléments les plus radicaux du régime Habyarimana. »

Demander pardon ?

« Avant-hier l’Algérie, hier la Libye, aujourd’hui le Rwanda. Et si Jupiter avait l’intention de franchir le Rubicon ? », s’interroge Aujourd’hui, toujours à Ouagadougou. « C’est-à-dire demander pardon ? Ce serait certes un séisme diplomatique, que ne dédaignerait pas apprécier à sa juste valeur son homologue Paul Kagamé. Dans tous les cas, cette guerre mémorielle et politique doit se solder un jour par un armistice, estime le quotidien burkinabè, qui passe par cette réconciliation France-Rwanda, laquelle passera nécessairement par ce pardon qui libère, grandit, apaise de part et d’autre. Que la France ne soit pas coupable ou complice ne l’empêche pas de battre sa coulpe pour tourner cette page douloureuse qui empoisonne ses relations avec le Rwanda depuis plus de 25 ans. »

Une tentative de saborder tout débat ?

Enfin, l’association Survie, qui dénonce depuis 1994 le soutien de la France aux génocidaires rwandais, ne cache pas sa déception, rapporte Le Point Afrique :

« Lacunes énormes, biais, occultation… et définition erronée de la complicité pour dédouaner l’État français, écrit Survie. Si l’Élysée matraque de tels éléments avant même que chercheurs et associations aient pu lire le rapport, c’est mauvais signe : c’est une tentative de saborder tout débat. Parler de "faillite de l’analyse" et d’"aveuglement" est un recul, poursuit Survie, car on savait avant même la création de la commission que des analyses très lucides et pertinentes ont été transmises jusqu’à la tête de l’État et qu’elles ont été sciemment écartées par les décideurs de l’époque. La complicité est documentée, l’enjeu, conclut Survie, serait plutôt de compléter le tableau, hélas, très cohérent sur la base de ce qui est déjà public. »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail