Revue de presse Afrique

À la Une: Gbagbo et Blé Goudé vont pouvoir rentrer au pays

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Charles Blé Goudé et Laurent Gbagbo ont été définitivement acquittés par la CPI, le 31 mars 2021.
Charles Blé Goudé et Laurent Gbagbo ont été définitivement acquittés par la CPI, le 31 mars 2021. © ICC/Capture d'écran/Montage RFI

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L’annonce en a été faite officiellement hier par le président Ouattara. « Une noble et cordiale main tendue du chef de l’État ivoirien à son prédécesseur », souligne Fraternité Matin. « Une décision pleinement assumée. »

Aujourd’hui au Burkina Faso applaudit : « en décidant de donner un avis favorable à un retour des deux prisonniers ivoiriens de la Haye, Ouattara fait prévaloir la voie de la realpolitik qui impose un dégel du climat imposé par les protagonistes de la scène politique ivoirienne. Il ouvre du même coup la voie à un processus de réconciliation nationale qui s’annonçait rude, du fait des contradictions qui minent la vie politique et sociale dans ce pays dont les blessures et meurtrissures restent visibles après la violente crise postélectorale de 2011. »

Toutefois, pointe Ledjely en Guinée, « si ce retour peut être perçu comme une ouverture politique et un geste supplémentaire de décrispation, la question de la condamnation en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo à 20 ans de prison reste en suspens. De même que le double retour en perspective de l’ancien président et de Charles Blé Goudé peut être perçu par les victimes des violences postélectorales d’il y a 10 ans comme symbolisant la fin de l’espoir d’une justice sur ces douloureux événements. Des événements qui avaient provoqué la mort de 3.000 personnes. »

Paris et Kigali : tourner la page ?

À la Une également, vers un réchauffement entre Kigali et Paris

Avec des paroles plutôt conciliantes hier prononcées par le président Paul Kagame, dans son discours à l’occasion du 27e anniversaire du génocide de 1994. Paul Kagame qui « a accueilli favorablement le rapport Duclert, commandé par le gouvernement français», note le quotidien rwandais The New Times, le qualifiant de «pas important vers une compréhension commune des événements et saluant le désir de la direction française de s’engager sur la base d’événements réels

« "Ce rapport montre que le président Mitterrand et ses plus proches conseillers savaient qu’un génocide contre les Tutsi était planifié par leurs alliés (hutu) au Rwanda", a affirmé Paul Kagame. Malgré cela, a-t-il ajouté, "le président français a décidé de continuer à les soutenir car il estimait que cela était nécessaire à la position géopolitique de la France". »

The New Times précise encore que Paul Kagame a annoncé que « dans la troisième semaine d’avril, le Rwanda publierait également ses conclusions sur l’implication française dans le génocide de 1994 contre les Tutsi, notant que les conclusions de ce rapport étaient conformes au rapport Duclert. "L’important est de continuer à travailler ensemble pour documenter la vérité", a encore déclaré le président rwandais. »

Le mea culpa d’Alain Juppé

Autres déclarations, cette fois sous la forme d’une tribune publiée par le quotidien français Le Monde, celles d’Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères à l’époque. Des déclarations en forme de mea culpa…

« Tout en saluant le rapport de la commission Duclert, l’ex-ministre des Affaires étrangères concède que les autorités françaises ont manqué "de compréhension", pointe Le Monde, face à des événements qui appelaient à agir sans délai. »

En effet, avoue Alain Juppé, dans cette tribune, « la vérité oblige à dire que nous n’avons pas mesuré que nous abandonnions, en quittant Kigali avec le dernier avion français le 14 avril, des centaines de milliers de Tutsi promis à la mort, des morts atroces, insoutenables. Nous n’avons pas réalisé qu’un génocide submergeait le Rwanda, poursuit Alain Juppé, nous n’avons pas imaginé que nos forces déployées pour assurer la protection de nos ressortissants, peu nombreuses au demeurant, auraient pu, à condition d’avoir le soutien des parachutistes belges, des commandos italiens, des marines américains présents au Burundi, tous associés aux casques bleus, s’opposer aux tueurs, protéger les victimes. Aucune de ces forces ne s’est engagée. »

Des excuses ?

Pour sa part, l’historien Vincent Duclert, qui a présidé la commission auteur du récent rapport sur le Rwanda, a accordé un long entretien à Mediapart. « La France n’a rien compris de l’extrême dangerosité de la politique extrémiste hutu. C’est pour cette raison que nous avons parlé de "responsabilités lourdes, accablantes". (…) À titre personnel, poursuit Vincent Duclert, je pense que des excuses s’imposent au vu de cette politique française au Rwanda, qui a été d’une grande violence et d’une supériorité très coloniale. »

Justement, s’interroge Jeune Afrique, « Emmanuel Macron ira-t-il à Kigali début mai ? » C’est du moins le souhait du président français. Rien n’est encore officiel, mais « Emmanuel Macron pourrait prendre publiquement la parole à Kigali sur l’engagement français au Rwanda pendant le génocide des Tutsis. » Avec cette question toujours en suspens : prononcera-t-il les excuses de la France ? 

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