Revue de presse Afrique

À la Une : des promesses et encore des promesses…

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Le sommet à Paris.
Le sommet à Paris. © REUTERS

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Ce sommet de Paris sur l’Afrique qui s’est tenu hier n’aura-t-il abouti qu’à une succession de vœux pieux ?

Pour Le Monde Afrique, « à l’aune des promesses égrenées hier, il est difficile d’affirmer que ce sommet constituera le point de départ d’un "New Deal" du financement pour l’Afrique, comme l’avait souhaité Emmanuel Macron. Aucun engagement ferme n’aura été pris à l’issue de la conférence. Les participants se sont contentés d’affirmer qu’ils poursuivraient les discussions autour des Droits de tirage spéciaux (les DTS), ces actifs monétaires du Fonds monétaire international qui peuvent être convertis en devises. Grâce à une émission globale de DTS de 650 milliards de dollars, dont le principe a déjà été acté, 33 milliards devraient revenir mécaniquement à l’Afrique, par le jeu des quotes-parts au sein de l’institution. Ce sont pourtant 285 milliards de dollars, pointe Le Monde Afrique, dont l’Afrique va avoir besoin d’ici à 2025 pour pouvoir contrer les effets de la pandémie, selon le FMI. Hier, Emmanuel Macron a annoncé vouloir réallouer au continent les DTS revenant à la France, et a appelé l’ensemble des pays riches à faire de même pour atteindre un total de 100 milliards de dollars. Un "accord politique" pourrait intervenir au prochain sommet du G7 ou du G20, soit entre juin et septembre, a-t-il précisé. »

Qui va payer ?

Alors, « qui pour cracher au bassinet du continent ? », s’interroge Aujourd’hui à Ouagadougou. « Appeler à la générosité des grandes puissances envers les pays pauvres très endettés d’Afrique est une chose… et une autre (la plus difficile) est de réussir à les convaincre de la nécessité d’apporter leur aide pour sortir ces pays de l’ornière économique dans laquelle ils baignent depuis des lustres. Emmanuel Macron, qui a ratissé large (en dehors du pré-carré français) lors de ce sommet, devra donc ramer fort et user de toutes ses qualités pour que les plus nantis acceptent de mettre la main à la poche. Et que les Africains apprennent aussi à produire de la richesse au lieu de vouloir tendre chaque fois la sébile. Faute de quoi, Paris aura abrité un sommet de plus et rien d’autre. »

Le serpent de mer de la bonne gouvernance…

Pour produire de la richesse, l’une des conditions sine qua non est la bonne gouvernance, relève Ledjely en Guinée. Et « le problème de fond, c’est l’irresponsabilité et l’inconséquence de l’élite du continent dans son ensemble. Une élite pour laquelle la misère des Africains relève davantage d’un slogan de circonstance que d’une préoccupation authentique. (…) En effet, s’exclame Ledjely, à quoi a servi la dette colossale que nos dirigeants cherchent à faire annuler, sinon qu’à engraisser l’élite qui les entoure ? Par ailleurs, comment se fait-il que des dirigeants qui sont prompts à brandir l’argument de la souveraineté dès qu’ils sont interpellés sur la manière dont ils gèrent leurs pays, soient toujours enclins à tendre la main et à vouloir susciter la compassion du monde ? Comment se fait-il que ces dirigeants-là ne trouvent pas des mécanismes de mobilisation interne des ressources dont ils ont besoin pour les enjeux de développement de leurs pays ? Il suffirait pourtant de garantir un environnement, pointe Ledjely, qui rassurerait les investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers. La perception du risque devenant plus favorable par la même occasion, le continent pourrait alors emprunter à des taux plus raisonnables. »

Le Nouvel Observateur à Kinshasa est sur la même ligne : « L’Afrique doit cesser de devenir cet éternel quémandeur en venant participer à des kermesses où des nations riches viennent décider de son avenir. Pour y arriver il nous faut des dirigeants et des intellectuels soucieux des valeurs collectives et du progrès social. Des dirigeants qui viennent pour servir et non pour se servir. »

Le temps presse…

En attendant, il y a urgence, souligne L’Informateur à Bamako, qui prend l’exemple du Mali : « Bien que la pandémie de Covid-19 ait relativement épargné le Mali, son économie est dans le rouge. Le produit intérieur brut se serait contracté de 2% en 2020, selon la Banque mondiale, reflétant les difficultés d’approvisionnement et les restrictions domestiques. S’y ajoutent une chute de la production cotonnière et une faible performance de la filière agricole, facteurs d’aggravation de la pauvreté, surtout en milieu rural. »

« Si rien n’est fait », pointe encore L’Informateur, au total, « 39 millions d’africains pourraient tomber dans la pauvreté en cette année 2021. »

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