À la Une: le putsch en Guinée à la fois conspué et applaudi

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Les habitants applaudissent les soldats de l'armée alors qu'ils célèbrent le soulèvement à Conakry, en Guinée, le 5 septembre 2021.
Les habitants applaudissent les soldats de l'armée alors qu'ils célèbrent le soulèvement à Conakry, en Guinée, le 5 septembre 2021. © REUTERS / Souleymane Camara
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C’est toute l’ambiguïté de ce coup d’État militaire. Un coup d’État dénoncé par la communauté internationale et salué comme une libération par les forces vives du pays.

En effet, « le contraste est patent, souligne Ledjely. D’une part, les communiqués qui viennent de la communauté internationale se suivent et se ressemblent. Les condamnations du putsch sont unanimes. Des Nations unies à la CEDEAO, en passant par l’Union africaine, les États-Unis et la France, c’est le même son de cloche. On condamne et on demande la libération du président Alpha Condé. D’autre part, pointe le site guinéen, à l’intérieur du pays, les entités sociales et politiques, les unes après les autres, admettent et saluent l’acte posé par le CNRD, le Comité national pour le rassemblement et le développement. Là aussi, du Front national pour la défense de la constitution, la plateforme qui s’est opposée au troisième mandat, au Conseil national des organisations de la société civile, en passant par l’UFDG-ANAD de (l’opposant) Cellou Dalein Diallo, le ton est sensiblement le même, à savoir qu’on salue le coup d’État perçu comme un acte libérateur ».

Sortir de la logique de la solidarité mécanique entre les présidents

Finalement, cela n’a rien de surprenant, poursuit Ledjely : « comment s’étonner que ceux qui, de l’intérieur, subissaient le martyr ne puissent pas avoir du coup d’État un point de vue opposé à celui de ceux qui, de l’extérieur, n’ont jamais tenu compte de la gravité de la situation ? Si on veut en finir avec les coups d’État sur le continent africain, les instances sous-régionales et panafricaines devraient sortir de la logique de la solidarité mécanique entre les présidents. Aussi longtemps que les peuples ne sauront pas qu’ils ne peuvent pas compter sur les institutions, notamment africaines et internationales, quand ils sont dans le besoin, ils trouveront toujours le moyen de briser leurs chaînes. Quitte à ce que cela écorne au passage l’image de l’Afrique. Et c’est pourquoi les condamnations qui pleuvent depuis dimanche ne semblent susciter l’attention de personne ».

Réfléchir sur les pathologies et les dysfonctionnements démocratiques

Une analyse relayée du côté de la société civile ouest-africaine par Alioune Tine, le président du think tank Afrikajom. Alioune Tine qui estime, dans Le Point Afrique, que « le retour des coups d’État militaires, des autoritarismes et les impasses politiques partout sont un indicateur de la détérioration de la situation politique et sociale en Afrique de l’Ouest ».De son point de vue, « il faut condamner les coups d’État militaires et toutes les formes de prise de pouvoir par la force et par des voies inconstitutionnelles. Cependant, (il faut aussi) réfléchir sur les pathologies et les dysfonctionnements démocratiques qui créent les coups d’État et leur trouver les bonnes réponses ».

La CEDEAO et l’Union Africaine dans le viseur

Le quotidien Le Pays au Burkina Faso pointe tout particulièrement la responsabilité de la CEDEAO et de l’Union Africaine… « La CEDEAO n’a pas su convenablement faire la promotion de sa Charte de la démocratie et de la bonne gouvernance auprès des chefs d’État, dans leurs dérives autocratiques. Et la situation est d’autant plus désespérante que les institutions sous-régionales ou même continentale comme l’Union africaine, censées jouer les gendarmes, semblent impuissantes à se faire respecter quand elles ne manquent pas tout simplement de fermeté. (…) En tout état de cause, poursuit le quotidien ouagalais, en ne respectant pas les règles du jeu démocratique, les chefs d’État africains sont en train de dérouler le tapis rouge aux militaires pour un retour en force sur le devant de la scène politique. »

Disque rayé…

WakatSéra, toujours au Burkina Faso, embraye…  « Et si la communauté internationale jetait aux poubelles ce disque rayé des condamnations de coups d’État militaires et le remplaçait par un tout neuf de condamnations contre les brimades subies au quotidien par le peuple, le musellement de la presse, l’embastillement des opposants, la répression de manifestants aux mains nues, l’asphyxie de la société civile, la mauvaise gouvernance, et les coups d’État constitutionnels ? Oui, s’exclame encore WakatSéra, avant de parler de restauration de l’État de droit à Conakry, les parangons de la démocratie, celle imposée aux Africains, se sont-ils seulement demandés, si la Guinée, autant sous Alpha Condé que sous Moussa ou Dadis Camara en son temps, a été un État de droit, ou tout simplement un État ? »

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