Revue de presse française

À la Une: Napoléon, on l’aime ou on le déteste

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Deux cent ans après la mort de Napoléon Bonaparte, sa commémoration fait débat en France.
Deux cent ans après la mort de Napoléon Bonaparte, sa commémoration fait débat en France. © REUTERS - Sarah Meyssonnier

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Le 5 mai 1821, Napoléon s’éteignait à Sainte-Hélène, au terme de six ans d’exil et après une fulgurante ascension et une chute tout aussi fulgurante. Deux cents ans après, faut-il commémorer sa mort et comment ? Car, « le personnage est clivant, souligne Ouest France. Il a ses adorateurs et ses pourfendeurs. Tout le monde a sa représentation de Napoléon. »

Alors, « Emmanuel Macron cherche le ton juste pour commémorer Napoléon », pointe Le Figaro en première page. « Le discours que le chef de l’État doit prononcer aujourd’hui pour le bicentenaire de la mort de l’Empereur est très attendu. Il ne veut tomber "ni dans l’hagiographie ni dans la repentance". "Commémorer n’est pas célébrer", assure-t-on à l’Élysée. »

Une grande figure de notre histoire ?

Pour autant, estime Le Figaro, « le général victorieux, le Premier Consul, l’Empereur, fait partie de l’histoire de France, et de quelle manière ! Que l’on songe simplement à ce que fut la vie de ce petit officier corse devenu le maître de l’Europe par son génie militaire, son énergie et son audace. Code civil, Conseil d’État, Légion d’honneur, lycée, gendarmerie…, la dette de la France à son égard est immense, s’exclame Le Figaro. A-t-il commis des crimes ? Hélas, l’esclavage en est un, comme la mort du duc d’Enghien, inutile et brutale. Des erreurs, des fautes ? Sûrement. Est-ce pour cela, s’interroge le journal, qu’il faudrait le rejeter dans les ténèbres, à l’aune des seuls canons contemporains de l’"antiracisme" et du "féminisme" ? »

Et Le Figaro de conclure : « Avec Jeanne d’Arc, de Gaulle, Napoléon fait partie de nos figures universellement connues. Si à Paris de belles âmes s’émeuvent, le monde entier reste fasciné par ce destin. Il faut donc le commémorer, oui, le célébrer, évidemment. Cela n’empêche pas le travail critique des historiens. »

« Comme la grande nation qu’elle est, la France ne peut tourner le dos à son histoire et à l’un de ses plus illustres représentants », renchérit La Dépêche du Midi. « Plus un homme est grand, plus sa part d’ombre est importante. Et il serait dangereux sinon absurde, estime le journal, d’effacer de la mémoire collective des actes commis deux cents ans plus tôt, fussent-ils radicalement contraires à nos principes républicains actuels. »

Un dictateur qui a laissé une France exsangue ?

A contrario, L’Humanité dénonce « le poison du bonapartisme » : c’est son grand titre.

« En commémorant ce mercredi la mort du "petit caporal", Emmanuel Macron cherche à tirer profit de la figure mythifiée de l’Empereur. » Et le quotidien communiste de rappeler que « Napoléon a été non seulement l’auteur du coup d’État du 18 Brumaire, qui mit fin à la Révolution française, mais aussi celui qui a rétabli l’esclavage dans les colonies en 1802, marquant la France au fer pour les générations futures. (…) Sa dictature fut une dictature militaire, donc absolue, pointe encore L’Huma : conquérir, administrer, surveiller, punir, museler la presse. Après le grand renversement révolutionnaire qui éclaira les Lumières et le monde, il laissa la France exsangue, prête à s’offrir, à nouveau, à toutes les oligarchies. »

Fous de Napoléon !

En tout cas, Napoléon a laissé une trace indélébile dans l’imaginaire des Français. Et certains ont même sombré dans une « napoléonite aigue » : c’est ce que relève le quotidien Le Monde, avec cet angle pour le moins original : Napoléon et les fous. 

En effet, pointe le quotidien du soir, « la figure de l’empereur est devenue, au fil du temps, un avatar prisé des illuminés. » C’est vrai, « qui n’a jamais entendu dire que tous les fous se prenaient pour Napoléon ? Cet archétype-là a traversé les âges. L’Empereur fait mieux que Jésus, Jeanne d’Arc ou Louis XIV, constate encore Le Monde : "il est de loin la figure délirée la plus populaire", confirme l’historienne Laure Murat. (…) Et si les illuminés l’ont tant choisi comme avatar, insiste-t-elle, "c’est qu’avant d’être Napoléon, il fut Bonaparte, un petit capitaine sans légitimité dynastique parvenu à la plus haute marche du pouvoir alors qu’il n’était pas un héritier de sang royal. Grâce à lui, n’importe quel ambitieux peut s’autoriser à rêver d’un destin hors du commun". Le général tout-puissant personnifie la mégalomanie. »

Et finalement, conclut Le Monde, « les profils des fous impériaux se ressemblent : ils sont autoritaires, colériques, capricieux, invulnérables et braquent leurs yeux sur un horizon forcément glorieux. En clair, ils défient les dieux. »

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